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Fin de tempête pour CMA CGM ?

Le troisième armateur mondial, plombé par une lourde dette, compte se relancer en 2010 grâce à une nouvelle ligne de crédits de 500 millions de dollars.

Mis à jour le 14 janvier 2010 à 10:22

Le troisième armateur mondial est plombé par une lourde dette

Une bouffée d’air pour CMA CGM. Étranglé depuis plusieurs mois par une dette abyssale (5,6 milliards de dollars, pour 15 milliards de chiffre d’affaires en 2008), le groupe français, troisième opérateur mondial du fret maritime, peut envisager l’avenir avec un peu plus de sérénité. Au terme d’âpres négociations – la dernière s’est tenue le 17 décembre dernier au ministère français des Finances et a duré plus de cinq heures – avec ses créanciers (une soixantaine de banques parmi lesquelles BNP Paribas, Calyon, et la banque coréenne Kexim), qui lui ont accordé une ligne supplémentaire de liquidités d’un montant de 500 millions de dollars. Échappant de peu à une procédure de sauvegarde auprès du tribunal de commerce, le groupe marseillais a de quoi honorer ses échéances financières les plus proches…

« Personne n’a intérêt à ce que CMA CGM coule »

« Personne n’a intérêt à ce que CMA CGM coule. Car, à l’instar d’Air France, ce groupe est l’un des symboles de l’industrie française du transport », indique Paul Tourret, le directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime (Isemar), à Nantes (France). Mais la bouée de sauvetage a un prix : l’entreprise familiale présidée par son fondateur, Jacques Saadé, dont la méthode de gouvernance est remise en cause par les banques, a remplacé son directoire et son conseil de surveillance par un conseil d’administration lors de l’assemblée générale extraordinaire du 23 décembre. À cette occasion, Denis Ranque, l’ex-PDG de Thales, et Christian Garin, président d’Armateurs de France, sont entrés au conseil d’administration. L’équipe dirigeante a aussi été reconfigurée. Philippe Soulié, qui a dirigé la Cnim, le groupe industriel marseillais, rejoint l’armateur au poste de directeur général.

« L’accord conclu le 17 décembre est une étape importante pour CMA CGM, mais ce n’est qu’un point départ », indique un porte-parole de l’armateur. L’avenir du groupe dépend, en effet, de plusieurs autres facteurs. D’abord, de la restructuration de sa lourde dette. Pour cela, plusieurs pistes sont envisagées : reporter voire annuler des commandes de navires (49 au total !), passées notamment auprès des Coréens, qui refusent tout report ou annulation, réduire les investissements et les coûts d’affrètement de 20 000 à 4 000 dollars par bateau, ou encore céder des actifs. Ensuite, de sa recapitalisation : le groupe a besoin d’au moins 300 millions à 400 millions de dollars d’argent frais. Des industriels, comme l’armateur Louis Dreyfus, mais aussi des banques, dont Goldman Sachs, et le fonds Butler Capital Partners auraient manifesté leur intérêt. Le Fonds stratégique d’investissement (FSI, fonds public français) pourrait aussi faire son entrée dans le capital. Selon Paul Tourret, « il s’agit de faire de CMA CGM, que Jacques Saadé a réussi à porter au troisième rang mondial, un groupe industriel avec une autre forme de gestion ». 

L’Afrique, relais de croissance

Enfin, le futur de CMA CGM dépendra aussi de la croissance de l’activité conteneurs, qui a reculé de 10,3 % en 2009 mais qui devrait progresser de 2,4 % en 2010. Néanmoins, selon les spécialistes, elle reste insuffisante pour sortir définitivement cette activité de CMA CGM de la crise : une croissance d’au moins 10 % serait nécessaire pour y parvenir.

L’Afrique est l’un des marchés qui offrent de bonnes perspectives au groupe sur ce plan. Après avoir stagné au plus fort de la crise, l’activité de l’armateur sur le continent, via sa filiale Delmas (1,8 milliard de chiffre d’affaires en 2008), rachetée pour 300 millions de dollars à Bolloré en 2006, connaît depuis quelques mois une remontée très nette, notamment sur la ligne Asie-­Afrique, selon la direction du groupe. Fortement présent en Angola, au Nigeria et au Ghana, CMA CGM envisage ainsi de renforcer sa présence en Afrique. Cela passera par l’ouverture d’agences ou la création de nouvelles lignes mais également par le développement de terminaux portuaires. Prévue pour 2013, la construction d’un port en eau profonde – et son équipement – sur l’île de São Tomé constituera, indique la direction du groupe, une plate-forme de transbordement stratégique pour les marchandises en provenance d’Asie, d’Europe et des Amériques, et à destination de ­l’Afrique de l’Ouest.