Politique

La mort du « Cardinal »

| Par Jeune Afrique
Le général Larbi Belkheir est décédé le 28 janvier

Le général Larbi Belkheir est décédé le 28 janvier © D.R

Larbi Belkheir, ambassadeur d’Algérie à Rabat, est décédé à Alger le 28 janvier, à 72 ans, des suites d’une longue maladie. Homme d’influence, « le Cardinal », comme on le surnommait, était un personnage central du système politique algérien, à qui l’on prêtait, parfois de manière exagérée, un pouvoir considérable. Il a joué un rôle prépondérant aux côtés des « janviéristes », ces officiers qui prirent la décision d’interrompre le processus électoral, en janvier 1992, par crainte d’une victoire du Front islamique du salut (FIS) aux législatives. Khaled Nezzar, Mohamed Touati et Mohamed Lamari à la retraite, Smaïn Lamari et Larbi Belkheir décédés, seuls Mohamed Médiène (dit « Tewfik ») et Abdelmalek Guenaïzia sont toujours en fonctions.

Né à Frenda en 1938, Bel­kheir était un ould cheikh, fils du chef de la confrérie Darqaoua. Ce statut aurait dû le destiner à suivre les classes coraniques de la zaouiya (siège de la confrérie), mais sa grand-mère paternelle, La’djouz Fatma, insiste pour qu’il soit inscrit à l’école de la République. Embarrassé, son père l’inscrit donc à Mascara, à plus de 100 km du domicile familial, puis à Fès, au Maroc. Il en revient en 1950 pour entrer au collège à Oran et, en 1955, au lycée de Sidi Bel-Abbès.

Faiseur de présidents

Cette année marque un tournant. Ses frères aînés, Belahrèche et Moulay, rejoignent le maquis des indépendantistes du FLN, tandis qu’il adhère au syndicat de l’Union générale des élèves et étudiants musulmans algériens (Ugema). En mai 1956, cette organisation appelle à la grève. Larbi distribue des tracts et anime les assemblées générales dans son lycée. Repéré par l’administration, il est sanctionné par une incorporation dans l’armée française, et admis à l’école militaire de Saint-Maixent. Deux ans plus tard, il fait le mur pour gagner Genève, où des sympathisants de la cause algérienne lui procurent un faux passeport afin qu’il puisse rejoindre le FLN à Tunis.

Sa formation militaire lui permet de prendre la tête du 45e bataillon, un corps d’élite de l’Armée de libération nationale (ALN). Il est chargé de la protection du siège de l’État-Major général que dirige, à Ghardimao, un certain Houari Boumédiène. Autre tournant dans sa carrière : le 45e bataillon est la première unité à entrer dans Alger après l’indépendance. Il en profite pour placer des hommes de confiance dans l’administration de la capitale. C’est ainsi que naît le mythe Belkheir. Chaque étape de sa carrière consolide sa position sur l’échiquier politico-militaire de la jeune Algérie. Chef d’état-major de la région militaire de Ouargla, il se voit confier la protection des gisements pétroliers de Hassi Messaoud et gaziers de Hassi R’mel.

Affecté à Oran, il y côtoie longuement Chadli Bendjedid. Nommé colonel, Belkheir est l’un des rares anciens de l’armée française (très influents au sein de l’institution militaire) a être accepté par les vétérans des maquis. C’est désormais grâce à lui que l’armée parvient au consensus quand il s’agit de prendre des décisions cruciales. C’est chez lui qu’elle choisira Bendjedid pour succéder à Boumédiène, écartant le dauphin, Abdelaziz Bouteflika.

Décisions stratégiques

Avec Bendjedid à la présidence de la République, Belkheir quitte l’uniforme pour diriger le Haut Conseil de sécurité et le Secrétariat général de la présidence, avant de devenir directeur de cabinet du chef de l’État. Très vite, il s’impose aussi comme l’interlocuteur des capitales arabes et occidentales. Belkheir est derrière toutes les décisions stratégiques de l’ère Chadli. Nommé ministre de l’Intérieur quand l’Algérie passe au multipartisme, il occupe encore cette fonction au moment de l’assassinat de Mohamed Boudiaf, en juin 1992. Accusé d’avoir failli à sa tâche, il quitte la scène publique, sans cesser d’être influent. C’est lui qui suggère le nom de Bouteflika pour succéder à Liamine Zéroual démissionnaire, en 1999.

En janvier 2000, il retrouve le palais présidentiel et le bureau de directeur de cabinet d’Abdelaziz Bouteflika. Au bout de cinq ans, il demande au président de le décharger de ses fonctions. Ce dernier accepte à contrecœur et lui confie le poste très sensible d’ambassadeur au Maroc. Belkheir se lance avec enthousiasme dans cette nouvelle mission. Mais il ne se remettra jamais de la perte de l’un de ses fils et, fumeur invétéré, voit son état de santé se dégrader. La maladie a fini par l’emporter, après un long combat. Le dernier d’une vie passée, pour l’essentiel, dans l’ombre du pouvoir.

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