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Zuma et les jaloux


Mis à jour le 11 janvier 2010 à 11:20
François Soudan

Par François Soudan

Directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Il aime les femmes carrossées comme des Hummer, la purée de maïs avec viande en sauce, les danses toyi toyi en peau de léopard, et 2010 sera son année. Lui : Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud et Zoulou le plus célèbre depuis le grand Chaka. Pendant le premier semestre, jusqu’à la fin de la Coupe du monde de football, son pays va bénéficier d’une exposition médiatique planétaire dont ce fils d’une employée de maison et d’un sergent de police, qui n’a pas connu d’autre école que celle de la rue et d’autre université que le bagne de Robben Island, entend bien profiter. Parmi les cent personnalités qui feront 2010, auxquelles JA consacre cette semaine sa couverture, cet ancien garçon de course de 67 ans devenu le président de la première puissance économique du continent compose la figure la plus déroutante pour les Occidentaux : à la fois atypique dans le monde policé des chefs d’État et profondément africaine.

« Ça, c’est un homme, un vrai ! » s’amusait devant moi il y a peu l’Ivoirien Laurent Gbagbo – après avoir gentiment raillé l’appétit d’oiseau, l’estomac délicat et les manières de gentleman de son prédécesseur Thabo Mbeki. Et quand Jacob Zuma soutient que sa virilité de mâle impi s’affirme au lit autant que dans l’assiette, en ouvrant l’année par une nouvelle démonstration de sa polygamie, nombreux sont ses pairs à envier le culot décomplexé du « zulu boy ». En Afrique, bien sûr, où les chefs d’État réellement monogames sont l’exception, mais aussi en Europe et ailleurs, là où l’hypocrisie judéo-chrétienne exige que l’on donne le change, la tranquille posture de serial lover assumé d’un Zuma fait bien des jaloux. On savait le pouvoir zone érogène aussi fertile que honteuse, territoire tabou de cinq-à-sept (douche comprise) clandestins et compulsifs. Voici que pour tous les Berlusconi de la terre, le soleil de la désinhibition se lève au sud !

Résumons-nous. Jacob Zuma a trois femmes, une quatrième à venir et une cinquième – une princesse swazie – pour la main de laquelle il a déjà réglé la lobolo (dot) et qui attend sagement son heure d’être épousée officiellement. La question s’est bien sûr posée de savoir laquelle sera la première dame. Réponse de « JZ » : toutes. Quitte à ce qu’elles l’accompagnent à tour de rôle dans ses voyages officiels, histoire de ne pas donner à la reine d’Angleterre, par exemple, l’image shocking d’un harem. Concession minimale car, pour le reste, cet homme fier de ses racines et de ses traditions ne mâche pas ses mots : « Je connais beaucoup d’hommes politiques qui ont des maîtresses et des rejetons adultérins et qui jurent être monogames. Moi, je préfère être honnête. J’aime mes épouses et mes dix-neuf enfants. » Même si le spectacle de ce chef d’État en jaquette de léopard révulse quelques Blancs attardés – « un pas de géant vers l’âge des ténèbres », s’étrangle un certain révérend Theunis Botha, pour qui le temps de l’apartheid devait sans doute être l’âge des lumières –, une chose est sûre : l’Afrique du Sud que des dizaines de milliers de supporters venus du monde entier s’apprêtent à découvrir cette année n’est pas un greffon de l’Occident. C’est d’abord et avant tout l’Afrique.