Politique

Epilogue d’un feuilleton politico-judiciaire

Mis à jour le 13 janvier 2010 à 15:19

C’est le dernier épisode d’un feuilleton politico-judiciaire made in Mauritania. Le 4 janvier, à la nuit tombée, trois hommes d’affaires très en vue à Nouakchott ont été remis en liberté. Vingt-cinq jours plus tôt, ils avaient été écroués pour « transferts illégaux ». Leur sauveur est un imam, Mohamed Hassan Ould Dedew.

Rappel des faits. Au début de décembre dernier, Mohamed Ould Noueigued, PDG de la Banque nationale de Mauritanie et patron du groupe du même nom, Chérif Ould Abdellahi, à la tête de la Banque Al-Wafa mauritanienne islamique, et le businessman Abdou Maham sont soupçonnés d’avoir bénéficié de versements de la Banque centrale de Mauritanie (BCM), en 2001 et 2002, sous le règne de Maaouiya Ould Taya, dans le cadre d’une très complexe affaire de financement de la campagne agricole. Les sommes concernées s’élèvent à plus de 10 milliards d’ouguiyas (26 millions d’euros). Les hommes d’affaires sont placés sous mandat de dépôt et sommés de rembourser, avec un intérêt de 11 %. Ils refusent et clament leur innocence. Le dossier devient politique. L’opposition crie au règlement de comptes. Elle rappelle que Mohamed Ould Abdelaziz, le chef de l’État, avait promis de punir une bonne fois pour toutes les coupables de ce détournement présumé, connu depuis 2004. L’opposition note aussi que le trio incarcéré s’est affiché à ses côtés, contre « Aziz », dans la bataille électorale. Pour elle, l’affaire sent la revanche. Une partie de l’opinion partage son avis et s’inquiète : à eux deux, les groupes Noueigued et Maham assurent 60 % des importations alimentaires du pays et pèsent 13 000 emplois.

Un arrangement à l’amiable a-t-il été trouvé ? La BCM a en tout cas retiré sa plainte et, dans la nuit du 4 au 5 janvier, les trois prévenus se sont retrouvés dans ses locaux, en compagnie de son gouverneur, Sid’Ahmed Ould Raiss. Il n’y avait ni juge ni avocat, mais un imam, Ould Dedew, proche du parti islamiste Tawassoul. A-t-il convaincu les hommes d’affaires de régler les intérêts ? Selon nos informations, ces derniers auraient accepté de payer une « compensation » de l’ordre de 25 % à 30 % de la somme demandée par la BCM, l’État s’engageant en retour à renoncer à toutes poursuites ultérieures.