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Nuages sur le plan Azur

Le ministre du Tourisme Mohamed Boussaïd a perdu son poste. La mission de son successeur, Yassir Znagui : atteindre les 10 millions de visiteurs espérés.

Le 5 janvier, Mohamed Boussaïd est apparu souriant et détendu lors de la passation de pouvoirs avec son successeur au ministère du Tourisme, le jeune et inconnu Yassir Znagui. Pourtant, Boussaïd avait toutes les raisons d’être étonné et chagriné par sa soudaine éviction.

L’ancien ministre a en effet fait face avec réalisme et un certain succès à la difficile année 2009. Pour amortir les effets de la crise internationale, il avait mis en place dès décembre 2008 un plan d’urgence, Cap 2009, qui a porté ses fruits. En misant sur un léger décrochage des tarifs (de l’ordre de 10 % à 15 %) et une campagne de communication agressive, le ministre est parvenu à limiter les dégâts. Alors qu’on annonçait un effondrement des recettes de l’ordre de 15 % à 20 %, celles-ci n’ont en fait baissé que de 6 %. Dans une conjoncture extrêmement défavorable, le Maroc a même réussi à attirer plus de touristes pendant la haute saison. De janvier à juillet 2009, le royaume en a en effet accueilli 5 millions, contre 4,7 millions sur la même période en 2008.

Znagui « devra prendre le train en marche et s’adapter »

« Boussaïd a surtout eu le mérite de sortir de terre deux projets colossaux de stations balnéaires, Saïdia et Mazagan (inaugurées respectivement en juin et octobre 2009), dans un contexte pourtant très défavorable. Il a repris à bras-le-corps un plan Azur très mal préparé, et s’en est sorti dignement », juge un ancien ministre du Tourisme. Dès son entrée en fonctions, en 2007, Boussaïd avait tiré la sonnette d’alarme sur le plan Azur. Lancé en 2001, ce programme ambitieux qui a mobilisé 5 milliards d’euros d’investissements a prévu la construction de six stations balnéaires et a fixé l’objectif des 10 millions de touristes en 2010. Mais très vite les problèmes se sont accumulés : retard dans les constructions, départ des investisseurs, campagne de dénigrement des médias… « Sans faire de procès à personne, il faut reconnaître que le plan Azur a péché par excès d’ambition. À moi de le réajuster et de le redimensionner », avait déclaré Boussaïd en avril 2009. Il a alors repoussé l’échéance de 2010 à 2016, et la capacité hôtelière, de 85 000 lits au départ, a été revue à 35 000. Depuis des mois, Boussaïd préparait d’ailleurs la « Vision 2020 », qui doit fixer les objectifs du secteur pour la prochaine décennie.

« Le remaniement ministériel ne changera rien à la stratégie du secteur, qui répond aux directives de Sa Majesté. Le nouveau ministre devra prendre le train en marche et s’adapter », explique un cadre du ministère du Tourisme. Comme beaucoup de ses collègues, il souhaite qu’il y ait une continuité et s’inquiète d’autant plus que son nouveau patron est un illustre inconnu. « Sera-t-il à la hauteur ? Nul ne peut le dire aujourd’hui. Personne n’avait jamais entendu parler de lui avant », ajoute-t-il.

Entrée fracassante sur la scène politique

À 40 ans, Yassir Znagui a fait une entrée fracassante et inattendue sur la scène politique. Ce technocrate, qui a fait une partie de sa carrière chez Citibank à Londres, est ensuite rentré au Maroc pour créer un fonds d’investissements, Sienna Group, spécialisé dans le tourisme. Réputé pour avoir un carnet d’adresses bien rempli, il pourrait réussir à attirer des investisseurs anglo-saxons qui jusque-là n’étaient pas des partenaires privilégiés du Maroc. « Ce remaniement est l’occasion de remettre les choses à plat. Pour réussir, Znagui va devoir faire un diagnostic précis, comprendre pourquoi des erreurs ont été commises et décider en conséquence », conclut un ancien ministre du Tourisme. De gros dossiers attendent le jeune ministre : la remise à niveau du parc hôtelier, la relance de certaines stations, le défi de la formation pour améliorer le service et, bien sûr, les moyens pour atteindre les fameux « 10 millions de touristes », dont on sait maintenant que ce ne sera sans doute pas pour 2010.

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