Société

Il y a « donner » et « donner »

Doyen honoraire de la faculté de médecine d’Abidjan

Mis à jour le 23 janvier 2010 à 10:04
Edmond Bertrand

Par Edmond Bertrand

Doyen honoraire de la faculté de médecine d’Abidjan, membre correspondant de l’Académie française de médecine

Les donateurs de bonne volonté ne manquent pas pour envoyer du matériel médical, usagé mais encore très utilisable, aux hôpitaux des pays en développement. À ce sujet, je voudrais faire quatre observations résultant de mon expérience, non pour décourager les bonnes volontés, mais pour les rendre plus réalistes et efficaces.

La première remarque concerne l’adaptation du matériel au service qui le reçoit. J’ai vu du matériel de chirurgie cardiaque envoyé dans un petit hôpital régional qui l’avait mis au rebut. J’ai même vu une bombe au cobalt (!) livrée sans concertation, vite enterrée, oubliée et non utilisée faute de structure et de personnel qualifiés. La deuxième observation concerne le prix du transport et les droits de douane à l’entrée du pays bénéficiaire. Ces frais peuvent rendre l’opération onéreuse, difficile, voire impossible. La troisième remarque a été faite récemment par le Dr Brigitte Vasset, de Médecins sans frontières : « On ne peut fourguer n’importe quoi aux pays en voie de développement. » De nombreux États sont devenus heureusement vigilants en matière de normes médicales. L’auteur nous apprend que, après le tsunami de 2004, « il a fallu mettre en place un système de destruction des donations médicales ». Attention aussi à ne pas donner du matériel, des médicaments et même des vaccins contrefaits potentiellement dangereux. Enfin, la plupart des dons ne prévoient aucun contrat de maintenance. Aussi, à la première panne et parfois dès le premier emploi, le matériel devient inutilisable.

Certes, c’est bien de donner. Mais il faut s’assurer que les matériels ou produits donnés se trouvent dans un état tel qu’ils peuvent être utilisés même dans le pays donateur. La façon de donner vaut mieux que ce que l’on donne, dit l’adage. En réalité, ce que l’on donne est aussi important que la façon de donner.