Société

Faut-il dialoguer avec les djihadistes ?

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Mis à jour le 4 février 2010 à 07:59

Le 19 janvier, vers midi, une réunion inédite s’est tenue à la prison centrale de Nouakchott. Dans une petite bâtisse faisant office de mosquée, une douzaine d’oulémas, d’imams et d’érudits, ainsi que le ministre des Affaires islamiques, Ahmed Ould Neini, ont ouvert un dialogue avec les 67 prisonniers salafistes. Tous sont en instance de jugement. Parmi eux, les auteurs présumés du meurtre de quatre touristes français, en décembre 2007, revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Les autorités mauritaniennes se sont rangées à la recommandation des religieux : discuter avec les détenus salafistes afin de prévenir le développement de l’intégrisme et du terrorisme. « Il faut les faire revenir à l’islam mauritanien, tolérant et accueillant », explique Cheikh Ould Zeine, secrétaire général du Forum de la pensée islamique. L’objectif est de les inciter à se repentir et à cautionner une fatwa condamnant l’intégrisme et la violence religieuse. Laquelle serait ensuite diffusée par les imams dans les mosquées. Parmi les détenus qui se prêtent au jeu, certains espèrent une amnistie en échange d’un acte de contrition. D’autres, en revanche, persévèrent sur la voie du djihad. « Je m’exprime au nom de ceux qui portent les armes pour combattre les mécréants et leurs acolytes parmi les dirigeants des pays musulmans », a lancé Khadim Ould Semane. Commanditaire présumé de l’attaque contre l’ambassade d’Israël, en février 2008, il a même brandi une banderole estampillée « Al-Qaïda ».

Le dialogue avec les djihadistes ne fait pas l’unanimité dans la classe politique. Certains sont partisans d’une répression tous azimuts, comme l’était Ould Taya, seul moyen, selon eux, d’endiguer le terrorisme. Du côté occidental, on observe cette séance de catharsis avec circonspection. « Pourquoi pas, réagit un diplomate européen à Nouakchott. Mais si le chef de l’État fait cela, c’est surtout parce qu’il est à la recherche d’un consensus. »