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Cet article est issu du dossier «Y a-t-il une vie après le pouvoir ?»

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Politique

« Ex » : un métier d’avenir

Retraite au pays ou carrière internationale, les pistes de reconversion sont limitées. Et contrairement aux idées reçues, on ne fait pas fortune.

Henri Konan Bédié n’a pas à se plaindre. Une loi votée en 2005 accorde à l’ancien président ivoirien un traitement mensuel de près de 4 millions de F CFA (soit 6 000 euros). À cela s’ajoutent trois véhicules avec chauffeur, du carburant, une couverture médicale, du personnel affecté au cabinet, au protocole et à la sécurité, ainsi qu’une indemnité de logement… Soit un total qui atteindrait une dizaine de millions de francs CFA prélevés sur le budget de la présidence. La générosité ivoirienne commence à faire des émules. « Il faut aborder cette question de façon décomplexée et sans tabous. Car si on assurait, en Afrique, une sortie honorable et viable aux anciens chefs d’État, cela désamorcerait beaucoup de tensions et faciliterait les alternances », analyse un diplomate africain sous le couvert de l’anonymat.

 Vaches maigres

Au Tchad, le président Idriss Déby Itno semble l’avoir compris. Après de longues années de vaches maigres durant son exil algérien, Goukouni Weddeye (1979-1982) voit son train de vie monter en gamme depuis son retour au pays en août dernier. Il est assuré de couler de « bons et vieux jours » parmi les siens. Il a droit à une indemnité de réinstallation de 50 millions de F CFA, une pension dont le montant est fixé par le chef de l’État, une résidence officielle ou, à défaut, une indemnité de logement de 700 000 F CFA. Il bénéficie également d’un service de sécurité, de personnel de maison, d’un secrétariat, de deux véhicules avec chauffeur… Ainsi l’ancien rebelle, que Jeune Afrique a joint au téléphone, s’apprête à quitter son domicile de Sabanghali pour occuper une résidence plus spacieuse dans le quartier de Farcha, dans le nord de N’Djamena. Mais tous ne sont pas logés à la même enseigne.

Après l’élection en 2008 de son successeur, John Atta-Mills, le Ghanéen John Kufuor a attendu six mois avant de percevoir les premiers émoluments prévus par la Constitution de 1992 : 227 euros par mois ! Heureusement, le législateur a prévu la prise en charge de toute une série d’avantages (deux limousines, deux 4×4, deux voitures utilitaires remplacées tous les cinq ans, électricité, eau, téléphone, personnel…). Objectif : annihiler la tentation de s’accrocher au pouvoir au-delà des huit années prévues par la Loi fondamentale. Même souci au Nigeria, où le contingent des « ex » est paradoxalement mieux traité que le chef de l’État en fonction. Umaru Yar’Adua perçoit 10 millions de nairas (46 600 euros) par an (salaire et indemnités), ses prédécesseurs (au nombre de six) se partagent une cagnotte annuelle de 250 millions de nairas (1,1 million d’euros).

 Au-delà des frontières

Médiateur de paix, observateur électoral ou bien encore patron d’organisation internationale, ceux qui ont opté pour une reconversion au-delà des frontières ne mènent pas forcément grand train. « Il ne faut pas fantasmer, tout cela est très encadré », assure le diplomate. La rémunération globale du Malien Alpha Oumar Konaré à la tête de la Commission de l’Union africaine s’élevait à environ 15 000 dollars par mois. Joaquim Chissano (Mozambique) ne perçoit que des indemnités de mission en tant que médiateur dans la crise malgache et envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU en Guinée-Bissau et pour le nord de l’Ouganda. Même traitement pour le Burundais Pierre Buyoya, qui a présidé en 2008 le Dialogue politique inclusif en Centrafrique. « Ils ne sont pas fonctionnaires et n’ont pas de contrat. Et, à vrai dire, ils ne font pas cela pour l’argent. En revanche, ces missions leur offrent une visibilité internationale », explique un habitué des bureaux new-yorkais de l’ONU. 

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