Économie

L’ode à la transparence du Africa Progress Panel

Dans son dernier rapport, l’Africa Progress Panel appelle les États et les entreprises du continent oeuvrant dans le secteur des matières premières à clarifier et à assainir leur gestion.

Mis à jour le 21 mai 2013 à 10:26

« L’Afrique va mieux. Le boom des matières premières a beaucoup aidé le continent, et c’est une bonne chose. Mais ses meilleurs taux de croissance ne se sont pas traduits par une réduction significative de la pauvreté. » Économiste et ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Michel Camdessus prend le contre-pied des discours vantant le miracle économique africain qui fleurissent depuis quelque temps.

Chiffres à l’appui, ce membre de l’Africa Progress Panel – composé de dix personnalités, dont Kofi Annan, Graça Machel et Tidjane Thiam – déplore qu’une décennie de croissance soutenue n’ait pas débouché sur une réduction proportionnelle des inégalités de revenus. « C’est le problème majeur de l’Afrique », souligne-t-il.

Lire aussi :

Mines congolaises : ces 1,36 milliard de dollars perdus par le pays
Michel Camdessus : « Toutes ces ressources détournées, c’est un crime »

Offshore

Absence de transparence, mauvaise gestion des ressources publiques, évasion fiscale, détournements massifs de richesses… La liste des maux recensés par l’édition 2013 du Rapport sur les progrès en Afrique, la publication phare de l’Africa Progress Panel, tient aussi en quelques exemples. Celui de la RD Congo où, estime le rapport consacré cette année à la gestion des ressources naturelles, cinq transactions dans les mines auraient fait perdre au pays 1,36 milliard de dollars (environ 1 milliard d’euros), plus du double du budget de l’éducation. Celui du Tchad, où les revenus pétroliers exceptionnels dont le pays bénéficie depuis dix ans ont surtout profité au budget de la sécurité, qui a représenté 18 % du PIB en moyenne sur la période 2004 -2007, contre 3 % pour l’éducation, soit deux fois moins que la moyenne africaine.

Le rapport plaide essentiellement en faveur d’une totale transparence des comptes publics ainsi que des entreprises publiques actives dans le secteur des ressources naturelles. Il insiste aussi sur l’importance de la lutte contre les places financières offshore et l’évasion fiscale. « Il faut que l’opinion africaine mette la pression sur les gouvernements », conclut Michel Camdessus, convaincu que, le boom des matières premières étant durable, l’Afrique doit saisir cette chance historique.