Immigration

Les Portugais réinvestissent Luanda

Dans la capitale, les groupes de BTP lusitaniens concurrencent les Brésiliens et les Chinois. © Reuters

Frappés par la crise, qui touche très durement leur pays, ils sont des dizaines de milliers à affluer vers leur ancienne colonie, riche en pétrole et en diamants.

Curieux retournement histo­rique. Après d’âpres négociations, António Pires de Lima, le directeur du fabricant de boissons portugais Unicer, a finalement été autorisé le 25 janvier à construire une brasserie en Angola. Cet investissement de 120 millions de dollars, qui devrait démarrer en mai 2011 et créer plus de 1 000 emplois directs et 10 000 indirects, illustre de façon specta­culaire le retour en force des industriels et des investisseurs portugais dans leur ancienne colonie africaine.

L’investissement d’Unicer conforte, hors secteur pétrolier, la première place du Portugal parmi les investisseurs étrangers dans le pays, avec plus de 1 milliard de dollars injectés depuis 2007. Et après une hausse de 35 % de ses exportations vers l’Angola en 2008, l’ancien colonisateur en demeure le deuxième fournisseur, derrière la Chine. Phénomène notable, la vigueur des échanges entre les deux pays s’est accompagnée d’une vague d’immigration croissante de Portugais, qui figuraient pourtant parmi les colons les plus répressifs. S’ils sont loin d’atteindre la population de 500 000 personnes qui était la leur à la veille de l’indépendance du pays, en 1975, ils seraient tout de même 100 000 à vivre en Angola. Deux fois plus qu’il y a trois ans.

 Marché en plein essor

Car, huit ans après la fin de la guerre civile, l’ancienne colonie connaît un fort développement. Riche en diamants, premier producteur africain de pétrole, l’Angola doit voir son PIB croître de 9,3 % en 2010, selon les prévisions du FMI. À l’inverse, le Portugal est durement touché par la crise. Le taux de chômage a bondi de plus de deux points en 2009 (dépassant les 9 % de la population active), et la dette publique a atteint 80 % du PIB l’an passé. Des particuliers viennent tenter leur chance dans la création d’entreprise, des industriels veulent profiter d’un marché en plein essor, alimentant un mouvement migratoire à contresens des flux traditionnels.

Une présence commerciale qui se voit immédiatement dans les rues de Luanda avec, par exemple, des panneaux publicitaires pour Blue, un soda populaire lancé il y a cinq ans par la compagnie portugaise Refrianga, plus visibles que ceux des marques anciennes. Ou à travers les entreprises de BTP Duarte et Soares da Costa, qui concurrencent les constructeurs chinois et brésiliens. Selon l’Agence nationale (angolaise) pour l’investissement privé (Anip), les investissements portugais représentent 20 % de l’ensemble des rentrées d’argent étrangères qu’elle gère. Mais de nombreux projets demeurent très fragiles. « Beaucoup de ces petites entreprises auraient très peu de chances de survivre en Europe », note António Prata, responsable des relations internationales à l’Anip. Or l’Angola a l’un des environnements commerciaux les plus hostiles au monde, selon l’International Finance Corporation. Pour donner plus de chances de succès aux nouveaux arrivants, les autorités ont pris des initiatives pour harmoniser les législations commerciales angolaise et portugaise. En outre, les investisseurs étrangers sont invités à faire équipe avec des partenaires locaux. Mais, comme le dit António Pires de Lima, le processus de « conciliation des intérêts » peut « donner mal à la tête ».

Au final, même si la langue et la culture offrent aux Portugais un ­avantage sur leurs concurrents, leurs relations avec les Angolais sont souvent empreintes « d’amour-haine ». Et ils font face à la compétition féroce d’un rival puissant, le Brésil, dont les produits sont très populaires dans les quartiers ­modestes. Roque Santeiro, le marché tentaculaire au-dessus du port de Luanda, tire d’ailleurs son nom d’un personnage d’un soap-opéra brésilien qu’adorent les populations défavorisées.

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