Culture

Algériens, Antillais, même combat

Mis à jour le 11 février 2010 à 12:22

Rue Cases-Nègres et Les Hors-la-Loi ressortent sur les écrans. Deux classiques qui dénoncent l’ordre colonial.

Il est de plus en plus courant, et c’est heureux, de ressortir dans les salles, souvent avec des copies restaurées, des films d’autrefois devenus des classiques. Les longs-métrages du continent ou de la diaspora africaine ne sont hélas pas nombreux à bénéficier de ce traitement. Voilà pourquoi on ne peut que se féliciter de voir de nouveau à l’affiche deux d’entre eux – l’un antillais, l’autre algérien – qui ont marqué une date dans l’histoire du cinéma.

Rue Cases-Nègres, le premier long-métrage de la réalisatrice martiniquaise Euzhan Palcy, a connu, lors de sa sortie en 1983, un retentissement important dans le monde entier. Le revoir, c’est constater immédiatement, au-delà de la beauté des images, sa valeur universelle. François Truffaut, ardent défenseur du film – notamment face à ses producteurs, qui voulaient l’amputer d’un quart d’heure –, ne s’y était pas trompé.

Tiré d’un roman de Joseph Zobel publié en 1950, il raconte comment, dans les années 1930, un enfant créole, le malin José, particulièrement doué et vivant dans la campagne martiniquaise dans des conditions misérables, va surmonter d’immenses obstacles avec l’aide d’un instituteur et de sa mère adoptive illettrée pour réussir dans ses études. Il ne s’agit pourtant pas, loin de là, d’une simple apologie de l’école républicaine et encore moins d’un récit édifiant.

La réalisatrice, tout en contant ce beau parcours, dresse, chemin faisant, au fil d’un récit axé sur les souvenirs dudit José et donc guère linéaire, un portrait sans concessions de la Martinique de l’entre-deux-guerres. L’occasion de dénoncer la persistance des injustices de l’époque coloniale dans cette société toujours dominée économiquement par les planteurs blancs, ces békés dont les militants actuels de la « créolité » dénoncent toujours les privilèges. L’occasion aussi de présenter des personnages très attachants, porteurs chacun d’une part de la culture afro-antillaise, tel ce vieillard nommé Médouze qui transmet à José la tradition orale, avec des contes remontant à l’époque pas si lointaine de l’esclavage.

 Bandits d’honneur

Les Hors-la-Loi, tourné en Algérie à la fin des années 1960 en couleur – une première pour le pays –, décrit et dénonce de façon plus directe encore ­l’ordre colonial. Le film raconte comment, quelques années avant que n’éclate la guerre d’indépendance, trois Algériens se rebellent et combattent en précurseurs les autorités qui pourchassent dans la montagne ces victimes d’injustices devenues des « bandits d’honneur ». Un film militant, donc, mais qui, en raison du choix judicieux du réalisateur Tewfik Farès de le tourner comme un western à l’italienne, se regarde avec jubilation. Et qui, même s’il a moins de valeur documentaire que Rue Cases-Nègres, garde toute sa valeur de témoignage historique. 

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