Politique

Goodluck Jonathan : la force tranquille

Goodluck Jonathan

Goodluck Jonathan © Pius Utomi Ekpei/AFP

Goodluck Jonathan a dû batailler ferme pour devenir enfin le nouvel homme fort du Nigeria. Portrait d'un homme à la force tranquille.

À Abuja, la rumeur circulait que depuis deux mois Goodluck Jonathan ne mangeait plus que des plats concoctés par Patience, son épouse. La cuisinière est peut-être moins virtuose que les chefs du palais d’Aso Rock, mais avec elle, au moins, les risques d’empoisonnement étaient limités.

Désormais, le vice-président du Nigeria doit redoubler de vigilance. Le chef de l’État, Umaru Yar’Adua, étant hospitalisé en Arabie saoudite depuis le 23 novembre 2009 pour une mystérieuse maladie cardiaque, les deux chambres du Parlement ont décidé, le 9 février, de confier à Jonathan la présidence intérimaire. Colère des partisans du président souffrant – et surtout de son épouse, Turai. Yar’Adua étant musulman et originaire du nord du pays, ils redoutent que Jonathan ne favorise les siens : les Ijaws, son ethnie, chrétienne et présente dans le Sud. Jusqu’à une éventuelle élection anticipée ou un retour inattendu de Yar’Adua, leur bête noire, 52 ans, est aux commandes de l’État le plus peuplé (150 millions d’habitants, 1,6 million de barils de brut par jour) du continent.

Le cas de figure – un président absent pour une durée indéterminée sans avoir transmis le pouvoir – étant inédit, la désignation de Jonathan n’est pas constitutionnelle. Le 10 février, le Conseil des ministres a cependant entériné la décision des parlementaires. Il y avait urgence : 77 jours d’arguties juridiques et de luttes de clans ont paralysé le Nigeria. Certains États de la fédération, qui en compte trente-six, n’ont pas reçu leurs allocations mensuelles pour payer les fonctionnaires. Le budget 2010 n’a pas été voté. Mi-janvier, trois cents personnes ont trouvé la mort lors d’affrontements intercommunautaires. L’absence d’un chef se fait cruellement sentir.

L’HOMME JOUFFLU AU REGARD CARESSANT, réputé sympathique mais un brin timide, en aura-t-il l’envergure ? Le 10 février, Jonathan a présidé son premier Conseil des ministres. Depuis le départ de Yar’Adua, il prenait soin de ne pas donner l’impression de prendre la place du calife. Mais ce jour-là, Monsieur Loyal s’est assis à la place du grand absent. Son premier acte de président en exercice : un remaniement ministériel visant surtout Michael Aondoakaa, le ministre de la Justice – devenu « ministre des missions spéciales » –, soupçonné d’avoir empêché les procédures engagées en vue du transfert des pouvoirs.

Le bien nommé – on pourrait traduire Goodluck par « bonne fortune » – a peut-être fini par croire qu’une bonne étoile planait au-dessus du chapeau à larges bords qu’il porte souvent. Il y a dix ans, il n’était que vice-gouverneur du Bayelsa, l’un des neuf États pétroliers de la fédération, dans la région trouble du Delta du Niger, dans le sud du pays. Sa spécialité d’alors, ce ne sont pas les animaux politiques, mais les animaux tout court. Jonathan est docteur en zoologie et enseigne dans une École normale supérieure. En bon notable, il décide, en 1999, de goûter au pouvoir en se présentant aux côtés du futur gouverneur du Bayelsa. Numéro deux, déjà. Mais il arrive que le malheur des uns fasse le bonheur des autres. Inquiété par la justice pour une affaire de corruption, Diepreye Alamieyeseigha démissionne en 2005. Jonathan lui succède mécaniquement. Aujourd’hui, le scénario se reproduit avec Yar’Adua.

Derrière l’ascension fulgurante de cet universitaire, il n’y a pas seulement la chance. Il y a aussi un homme : l’ex-général­ Olusegun Obasanjo, chef de l’État de 1999 à 2007. Le prédécesseur de Yar’Adua, aujourd’hui à la tête du conseil d’administration du People’s Democratic Party (PDP, au pouvoir), avait noté sa loyauté et sa discrétion. C’est lui qui, en 2005, a dû le convaincre de prendre la place du gouverneur. Quand il s’est agi de choisir le colistier de Yar’Adua à la présidentielle de 2007, Obasanjo a pensé à Jonathan. Pour lui, qui espérait bien continuer à tirer les ficelles en coulisses, le zoologue serait un fidèle idéal. Dès le 23 novembre, Obasanjo caresse l’espoir de voir son protégé prendre la place de Yar’Adua, appelant même à la démission de ce dernier.

Père de deux enfants, chrétien pratiquant, le président par intérim a promis, dans son discours télévisé du 9 février, de panser toutes les plaies du Nigeria. Déficit énergétique, conflits intercommunautaires, rébellion dans le Delta du Niger, corruption… Ce dernier point a rappelé à certains téléspectateurs que son épouse avait été accusée, en 2006, du détournement de 13,5 millions de dollars. Et que, depuis que le gouverneur est devenu vice-président, le sujet est tombé aux oubliettes.

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