Société

Moussa Abdi : « La France doit reconnaître ses crimes en Algérie »

ÉLU du FLN (Front de libération nationale), ­professeur d’histoire à l’université de Chlef, Moussa Abdi, 59 ans, est l’initiateur du projet de loi portant sur la criminalisation du colonialisme français, que 120 députés algériens ont déjà signé. Cette proposition n’est pas encore inscrite à l’ordre du jour, mais elle suscite déjà une polémique, alors que les relations entre la France et l’Algérie traversent une nouvelle période de tensions.

Mis à jour le 15 février 2010 à 19:14

Soldat français utilisant un détecteur de mines sur les passants en pleine guerre d’Algérie, 1957 © AFP

JEUNE AFRIQUE : Vous êtes à l’origine d’un projet de loi stigmatisant le colonialisme français. Qu’en attendez-vous exactement?

MOUSSA ABDI : Ce projet de loi se fixe pour objectifs de criminaliser le colonialisme et d’exiger de la France qu’elle reconnaisse tous les crimes ­commis durant sa présence en Algérie, présente des excuses officielles au peuple algérien et verse des compensations financières. Nous voulons que les criminels de guerre soient jugés selon les conventions internationales. Nous envisageons la création d’une cour pénale en Algérie pour les juger. Et nous appelons les parlementaires marocains et tunisiens, ainsi que les députés de toutes les ­anciennes colonies françaises à se joindre à notre démarche afin qu’une commission internationale chargée de juger les crimes coloniaux voie le jour.

Cette loi a-t-elle reçu l’assentiment des plus hautes autorités algériennes ?

Il s’agit d’une initiative parlementaire, qui n’a rien à voir avec la présidence et le gouvernement. Nous n’avons reçu ni soutien ni désaveu de leur part. Ce projet de loi est soutenu par les députés des partis de la coalition présidentielle [FLN, Rassemblement national démocratique, Mouvement de la société pour la paix] et d’autres formations politiques, comme le Front national algérien [FNA] de Moussa Touati.

Ne craignez-vous pas que cette démarche complique encore les relations entre Paris et Alger ?

Nous sommes convaincus que cette initiative contribuerait à la refondation des liens d’amitié entre Algériens et Français, pour peu que les autorités françaises lui réservent un accueil favorable. Ces dernières ont conservé les vieux réflexes colonialistes. Cela dit, nous nous réjouissons de voir qu’en France plusieurs partis et personnalités se disent favorables à ce que leur pays reconnaisse enfin les crimes commis en Algérie. De leur côté, les parlementaires et le peuple algériens ont beaucoup d’estime et de considération pour le peuple français.