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Islam made in France

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Cachez cet islam que je ne saurais voir…

Mis à jour le 23 février 2010 à 12:13

Alors que l’islam est présent en France depuis des décennies, ce pays reste le plus « coincé », voire le plus « querelleur » avec la religion du Prophète.

Alors que la laïcité, exception française, commande de ne pas s’immiscer dans le domaine religieux, l’État encadre étroitement la mise en place de structures censées représenter la communauté musulmane. Conseil français du culte musulman (CFCM), construction de mosquées, formation d’imams… Cette « citoyennisation » de l’islam n’a pas d’équivalent en Europe. Et pourtant, aucun autre pays européen ne semble aussi rétif à la présence visible de cette religion. Les polémiques sur les « signes ostensibles » sont récurrentes, servant de laboratoire, ou de repoussoir, pour le reste de l’Union européenne.

Alors même que les institutions du savoir sont les plus nombreuses en France – allant de l’Institut du monde arabe à l’émission religieuse Vivre l’islam sur France 2, en passant par l’Institut national des langues et civilisations orientales ou les nombreuses productions éditoriales –, la connaissance du Coran demeure très limitée et les préjugés ont la vie dure sur « la religion de Mahomet ». Les médias qui regorgent d’articles sur l’islam servent moins de relais de connaissance que d’espaces de polémiques.

Alors que la France est multiculturelle dans les faits et se veut le chantre de la diversité, elle reste le pays européen le plus réfractaire à l’acceptation des différences et à la promotion des minorités visibles. Le modèle républicain « lave plus blanc » et agit en broyeur des différences, s’opposant à une religion dont le profil s’apparente à un « ennemi culturel ». Le récent débat sur l’identité nationale établit l’hypothèse d’un « modèle français » et d’une nécessaire adhésion à celui-ci au mépris de sa culture d’origine.

Alors que la France s’est dotée d’une Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, la Halde, l’ancien statut d’indigène demeure collé aux Français d’origine musulmane et leur parcours tributaire de leur nom et faciès. Il est plus facile de faire carrière, de devenir « patron » ou magnat des finances en Grande-Bretagne ou en Allemagne que dans l’Hexagone.

Alors que l’on pouvait espérer voir émerger un islam de France – capable de repenser et de moderniser cette religion à la faveur d’un contexte séculier et d’une intelligentsia musulmane libre de parole –, on constate au contraire un retour significatif des musulmans de France vers l’orthodoxie, une foi rigoureuse, voire une pratique radicale, comme le port de la burqa. La disparition des repères idéologiques, la réticence des partis politiques à ouvrir leurs portes et la peur fantasmée de l’islam chez les Français de souche précipitent toute une partie de la population musulmane vers une quête purement identitaire.

Ironie de l’histoire, la République attendait beaucoup des « ­beurettes », moteur d’intégration et de modernité, allant jusqu’à leur confier des ­portefeuilles ministériels. Ce sont elles qui avaient déclenché la ­polémique en 1989 avec la première affaire du foulard ! Une polémique loin d’être close…