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Un goût d’inachevé

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Mis à jour le 24 février 2010 à 11:18

Au début de 2005, l’imminence de l’exploitation pétrolière fait rêver la Mauritanie. Maaouiya Ould Taya, chef de l’État à l’époque, présente l’or noir comme le remède au sous-développement. Avec cette manne, la République islamique pourrait passer du statut de « pays moins avancé » à celui de « pays à revenu intermédiaire ». Elle pourrait même devenir, dans un futur proche, le « Koweït de l’Afrique ». Les similitudes avec l’émirat – identité arabo-musulmane, faible population – alimentent le rêve.

Cinq ans plus tard, la fièvre est retombée. L’horizon des 200 000 barils par jour (b/j), qui devait être atteint en quelques années grâce à l’exploitation de plusieurs champs, ne l’a pas été. Le débit de Chinguetti, seul champ en production aujourd’hui, a culminé à 65 000 b/j en février 2006, au lieu des 75 000 prévus. En 2009, sa production a oscillé entre 10 000 et 15 000 b/j.

De l’or noir, les Mauritaniens n’ont au final guère vu la couleur. Des emplois liés au secteur pétrolier ont bien été créés çà et là, notamment dans le gardiennage, la logistique, la restauration. Mais ils restent « quantité négligeable » et sont pour la plupart « des emplois subalternes », souligne Ismaïl Abdel Vetah, ingénieur et consultant. En 2007, BNP Paribas et la Société générale se sont implantés à Nouakchott pour proposer leurs services aux entreprises internationales attirées par le pétrole.

Effet collatéral de la perspective de la nouvelle ère pétrolière : la flambée de l’immobilier. Des villas cossues correspondant aux standards internationaux ont été construites dans la capitale. Les loyers ont été généralement revus à la hausse. Selon plusieurs témoignages, ils n’ont pas baissé depuis.

L’or noir a surtout rendu le pouvoir plus attrayant. S’il n’explique pas à lui seul la chute d’Ould Taya, en août 2005, le pétrole en est cependant l’une des causes. « S’emparer du pouvoir, c’était se placer à la tête d’un pays exportateur de pétrole, avec toutes les possibilités de détournement que cela comporte », explique un observateur à Nouakchott. Aujourd’hui, les espoirs ont été déçus. Mais le bassin du Taoudenni est prometteur. Le pétrole reste encore un mirage. « Même s’il est produit en petite quantité, il pourra toujours profiter à ceux qui sont au sommet », conclut la même source.