Politique

Algérie-France : 
couple infernal 



Mis à jour le 22 février 2010 à 09:52
Marwane Ben Yahmed

Par Marwane Ben Yahmed

Directeur de publication de Jeune Afrique.

Impossible à résumer en quelques mots, la relation qu’entretiennent l’Algérie et la France confine au mystère. C’est un mélange détonant d’éléments antinomiques : haine et amour, méfiance et attirance, répulsion, frustrations, actes manqués ou élans sincères d’amitié. Autant d’ingrédients dont les proportions varient au gré des humeurs des dirigeants, des intérêts des uns et des autres, des maladresses ou, au contraire, de la volonté exprimée de part et d’autre de se libérer du carcan d’un passé colonial trop souvent utilisé pour justifier des crises à répétition. Passé – et passif – colonial dont la jeunesse algérienne, faut-il le préciser, n’a cure. Quand ses aînés vitupèrent Sarkozy, son gouvernement et ses députés soucieux de défendre les vertus de la colonisation, elle ne rêve que de visas, d’aisance matérielle et de liberté. Pays de cocagne ou non – là n’est pas le débat –, la France a sur cette jeunesse un pouvoir attrayant que d’autres nations, pourtant moins lestées de responsabilités historiques, n’ont pas. En Europe ou ailleurs.

Certes, la France demeure le pays qui colonisa l’Algérie et réprima dans le sang, comme à Sétif, le 8 mai 1945, d’innombrables manifestants nationalistes. La colonisation – donc, l’humiliation –, les exactions diverses, la torture, les essais nucléaires de Reggane… Autant de plaies jamais véritablement refermées que la génération des dirigeants algériens issus de la guerre de libération exhibe à chaque querelle. Comme deux amants terribles qui ne peuvent s’empêcher de flirter avec le chaos et la souffrance, et qui, les soirs de dispute, se jettent à la figure reproches, tromperies et insultes.

Les comportements politiques auxquels nous assistons actuellement, la quasi-rupture du dialogue entre les deux exécutifs, doivent, il faut le reconnaître, beaucoup aux maladresses françaises : de la loi du 23 février 2005 à l’affaire Hasseni et de celle des moines de Tibéhirine à l’inscription de l’Algérie sur une liste de pays « à risques ». C’est ainsi : la France peine à comprendre que l’Algérie échappe nécessairement à toute grille de lecture classique. Ce territoire qui se nomma successivement Numidie, Maurétanie, Maghreb central et Régence d’Alger ne fut, avant 1962, jamais uni que par la domination étrangère. Le cycle infernal des invasions et des rébellions y a duré plus de deux mille ans. La gestation de la nation telle que nous la connaissons aujourd’hui a été interminable et souvent douloureuse. Les larmes et le sang ont coulé plus que de raison, façonnant une identité pétrie d’orgueil et de fierté.

Raison de plus pour, de part et d’autre, cesser cette sarabande passée de mode, ce « je t’aime moi non plus » lassant. Il faut croire en une relation franco-algérienne dépassionnée et, surtout, fraternelle. C’est une évidence que même l’Histoire n’est pas parvenue à démentir. Mais, pour cela, il faut choisir entre mémoire et avenir…

Retrouvez l’enquête de Jeune Afrique : "Algérie-France, la déchirure", ici