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Algérie-France : la déchirure

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En attendant des jours meilleurs, Paris temporise

Mis à jour le 1 mars 2010 à 10:25

Face aux critiques algériennes, le Quai d’Orsay et l’Élysée patientent. Et relativisent les dossiers qui fâchent.

À Paris, on parle de « refroidissement ». Sous-entendu : « Cela peut se réchauffer. » Vu de France, il y a deux sujets qui fâchent avec l’Algérie : l’affaire Hasseni et la liste des pays à risque. « Oui, c’est vrai, cela fait dix-huit mois que M. Hasseni est mis en examen. C’est long et nous pouvons comprendre que les Algériens soient en colère, concède un haut fonctionnaire français. Mais le parquet de Paris vient de requérir un non-lieu. Et si, dans les prochaines semaines, le juge va dans le même sens, ce sera un caillou de moins dans la chaussure. Cela dit, le juge est souverain. »

Autre pomme de discorde : la liste noire. Au lendemain de l’attentat manqué d’Al-Qaïda contre le vol Amsterdam-Detroit du 25 décembre 2009, le ministre français de l’Intérieur, Brice Hortefeux, a révélé que Paris imposait depuis avril 2009 des mesures restrictives aux passagers d’avions venant d’Algérie et de six autres « pays à risque » (le Mali, le Yémen, la Syrie, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan). À vrai dire, le fidèle des fidèles de Nicolas Sarkozy a parlé un peu vite. S’il avait consulté l’Élysée et le Quai d’Orsay, il n’aurait sans doute pas divulgué cette liste. « C’est une bévue », reconnaît un décideur français.

La querelle des trappistes

Au regard de ces deux dossiers, l’affaire des moines de Tibéhirine semble plus facile à gérer, du moins du côté français. Certes, un ancien attaché de défense à l’ambassade de France à Alger laisse entendre que les sept trappistes français auraient été tués en 1996 à la suite d’une bavure de l’armée algérienne. Certes, Nicolas Sarkozy affirme qu’« il n’y aura pas de secret-défense sur cette affaire ». De fait, en novembre dernier, des documents sur ce drame ont été déclassifiés à Paris. Mais dès juillet dernier, lors du G8 à L’Aquila, en Italie, Nicolas Sarkozy a cherché à calmer le jeu : « Pourquoi voulez-vous qu’avec le président algérien nos relations s’en trouvent bouleversées ? Que la justice dise la vérité. Moi, je m’en tiens au communiqué no 44 du GIA [Groupe islamique armé] en 1996 revendiquant l’assassinat des moines. »

Bien sûr, il reste encore la querelle de mémoire. La France va-t-elle présenter des excuses pour les crimes commis pendant la période coloniale­ ? « C’est vrai, Chirac l’a fait en 1995 pour les Juifs déportés sous l’Occupation. Mais était-ce la même situation historique ? demande un diplomate français. Et après cela, ne va-t-on pas nous demander une indemnisation ? Sarkozy est allé plus loin que ses prédécesseurs. À Alger, en décembre 2007, il a déclaré que le système colonial avait été profondément injuste. Notre ligne, c’est la reconnaissance, pas la repentance. »

Paris continue donc d’espérer que le président Abdelaziz Bouteflika reviendra à ses bonnes dispositions de 2007. À ­l’époque, il se félicitait que le nouveau chef de l’État français soit moins « marocophile » que Jacques Chirac et veuille rééquilibrer les relations françaises vis-à-vis d’Alger et de Rabat. Si l’affaire Hasseni se dénoue, le ­ministre français Bernard Kouchner souhaite se rendre à Alger. Peut-être en mars ou en avril…