Politique
Algérie-France : la déchirure

Cet article est issu du dossier

Algérie-France : la déchirure

Voir tout le sommaire
Archives

Partenaires particuliers

Par
Mis à jour le 1 mars 2010 à 10:34

Rattrapée par la Chine, la France perd des marchés à l’exportation et tente de sauver la mise en investissant sur le long terme. Trop tard ?

Les relations économiques entre les deux pays n’ont jamais été très équilibrées, ce qui génère, depuis plusieurs décennies, déceptions et frustrations. Bon panier de matières premières et gros marché de consommateurs : voilà comment la France a longtemps considéré l’Algérie. Ce n’est qu’à la fin des années 1990, voyant que ses positions commerciales étaient menacées par les concurrents, qu’elle a commencé à envisager Alger autrement que comme un « marché à l’export ». Le rattrapage du temps perdu semble aujourd’hui un peu tardif.

Deux chiffres illustrent ce déséquilibre : les échanges annuels de marchandises (import et export) varient entre 8 et 10 milliards d’euros par an (chiffres de 2008 et 2009). Mais les investissements annuels français en Algérie sont inférieurs à 500 millions d’euros. Or qui dit investissement dit partenariat durable, de long terme et d’égal à égal. Le commerce, en ­revanche, peut n’être fondé que sur une relation ponctuelle, intéressée et à court terme.

Année après année, ce déséquilibre entre les échanges commerciaux et les investissements a créé une véritable déchirure. L’Algérie s’est mise à loucher ailleurs, vers la Chine, l’Inde, la Turquie, le Brésil, la Corée du Sud… Et la France de se plaindre à son tour du nouveau « protectionnisme » algérien et du « gel » de certains contrats. Le tout sur fond de crise politique, de méfiance et de règlements des ­comptes… du passé colonial.

3,5 milliards d’euros de projets

L’Algérie ne représente qu’à peine 1 % du commerce extérieur de la France et 5 % de ses importations d’hydrocarbures (gaz et pétrole). C’est donc marginal. Et cela ­explique le peu d’intérêt des grandes entreprises françaises à son égard, qui préfèrent s’installer en Tunisie et au Maroc. Un cercle vicieux devant se refermer, il est logique qu’à force les exportateurs de marchandises françaises voient leur part du marché se rétrécir. Cette dernière est tombée à 16 % des achats algériens en 2009, contre 24 % en 1992. La France demeure encore le premier fournisseur de l’Algérie, mais elle est désormais talonnée par la Chine, qui est passée de dixième en 1992 à deuxième en 2009, avec une part de 12 % (contre 2 % au début des années 1990).

La France, qui a déjà perdu sa place de premier client de l’Algérie au profit de l’Italie (en 1990), risque donc de perdre sa place de premier fournisseur au profit de la Chine, cette année ou l’an prochain.

Pour inverser la tendance, les autorités françaises tentent, depuis quelques années, d’encourager leurs investisseurs à s’implanter en Algérie. Selon le Medef, les projets en cours sont estimés à 3,5 milliards d’euros, c’est-à-dire davantage que tous les investissements nets réalisés en une vingtaine d’années (2,2 milliards d’euros). On pense à des usines de tramways, de pièces automobiles, de véhicules de pompiers… Ils viendront conforter la présence des banques et des ­assurances, de la grande distribution, des fabricants de pneus ou de ciment, des usines de médicaments et des exploitants d’hydrocarbures.