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Algérie-France : la déchirure

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Rabat et Tunis « tournés vers l’avenir »

Mis à jour le 1 mars 2010 à 10:31

« Je comprends la douleur des Algériens et même leur colère. La colonisation qu’ils ont subie a été plus longue et plus dure que notre protectorat. Néanmoins, je pense qu’il ne sert à rien de rester otage du passé et d’en arriver à de telles extrémités », affirme un député marocain sous le couvert de l’anonymat. Pour ce parlementaire, la relation passionnelle entre l’Algérie et la France est contre-productive. « Au Maroc, la colonisation n’est plus un sujet central dans nos relations avec la France ou l’Espagne. Il nous arrive de l’évoquer en marge de certaines réunions internationales. Mais l’essentiel c’est d’être des partenaires et de regarder vers l’avenir », ajoute-t-il.

En Tunisie, on porte le même regard sur le ­couple infernal franco-algérien. « Pour les Tunisiens, la page de la colonisation est tournée. Ce type de ressentiment est totalement étranger à notre culture politique. D’ailleurs, c’est tout le sens du réformisme à la tunisienne : la colonisation étant une conséquence du sous-développement, il faut se développer, regarder vers l’avenir et ne plus être des victimes », considère un universitaire tunisien.

Cela n’empêche pas certains hommes ­politiques de se faire de temps en temps les hérauts de l’anti-­impérialisme. Non sans une certaine dose de ­démagogie… L’un des candidats à la dernière présidentielle tunisienne, Ahmed Inoubli, avait officiellement demandé à la France des excuses pour la ­colonisation. Au Maroc, ce sont des parlementaires de l’Istiqlal et de l’USFP qui ont saisi le gouvernement en novembre 2008 pour demander des excuses à l’Espagne et à la France.

Mais ces poussées de fièvre sporadiques ne sont jamais suivies d’effet et restent la plupart du temps liées à des tensions conjoncturelles. « Les Algériens interprètent le peu de combativité des Marocains et des Tunisiens sur la question coloniale comme un déni d’Histoire ou comme le signe d’une mollesse de leurs sociétés. C’est un argument auquel sont sensibles les mouvements nationalistes marocains et tunisiens. Ils ne manquent pas de jouer cette carte quand ça les arrange ! » ­explique le politologue marocain Mohamed Tozy.