Politique

Les îles Chagos interdites aux humains

Londres veut faire de l’archipel des Chagos, revendiqué par les Mauriciens, une réserve animale privée de tout habitant.

Mis à jour le 2 mars 2010 à 12:29

Les Chagossiens retrouveront-ils un jour leurs terres ? Quarante ans après en avoir été évacués de force, rien n’est moins sûr. « Encore une fois, notre droit fondamental est bafoué », dénonce Olivier Bancoult, le porte-parole du Groupe réfugiés Chagos (GRC).

Entre 1967 et 1973, les 1 600 habitants de cet archipel situé au milieu de l’océan Indien, administré par la Grande-Bretagne et revendiqué par l’île Maurice, avaient été déportés pour les besoins de l’armée américaine, qui a implanté sur l’île de Diego Garcia une base dont l’intérêt stratégique a été décuplé ces dernières années. Les 54 autres îles sont, depuis, inhabitées…

Aujourd’hui, ce sont les protecteurs de l’environnement qui s’y intéressent. Des groupes écologistes rêvent de faire de ces atolls la plus grande réserve naturelle du monde et sont entendus : en novembre dernier, le gouvernement britannique a entamé une consultation publique (qui doit prendre fin le 5 mars) en vue d’en faire un parc naturel marin. Mais il n’a prévenu ni les représentants des Chagossiens ni les autorités mauriciennes. Un « scandale » dénoncé par Port Victoria, qui a suspendu les discussions sur l’avenir des Chagos entamées avec Londres en mars 2009. Le gouvernement mauricien stigmatise « l’hypocrisie » des Britanniques. « Le projet exclut toute présence d’habitat humain, mais, en même temps, il exclut Diego Garcia du parc afin de permettre aux Américains de conserver leur base… », soulève un diplomate mauricien.

« Pendant des années, Londres a permis à des bateaux de pêche de piller les fonds marins, et, soudain, voilà qu’ils pensent à préserver l’environnement ! » s’irrite Bancoult. Pour lui, le lien est évident entre ce projet et l’action entreprise par le GRC devant la Cour européenne des droits de l’homme afin d’obtenir le droit au retour. La cour doit se prononcer cette année.