Santé

Le coeur du Noir

© D.R

Ancien directeur de l’Institut de cardiologie d’Abidjan

Le croirez-vous ? La plupart des traités de cardiologie classiques comportent un paragraphe concernant le « cœur du Noir ». Ainsi, son électrocardiogramme, ou ECG (enregistrement de l’activité électrique du cœur), présenterait, par rapport à l’ECG du Blanc, des anomalies considérées comme normales. Lorsque ces mêmes anomalies sont observées chez le Blanc, on parle alors d’anomalies d’origine indéterminée.

Pourquoi cette acceptation sans preuves d’une différence entre Blancs et Noirs ? Parce que les dites anomalies sont plus fréquentes chez les Noirs. Mais attention : cette fréquence varie de 6 % à 60 % selon le milieu social des sujets examinés, et les cœurs « socialement favorisés » sont plus proches des normes retenues chez les Blancs. Donc ces anomalies sont liées à un environnement différent – infectieux, nutritionnel, sportif ou autre.

À l’Institut de cardiologie d’Abidjan, nous avions comparé les ECG de soldats ivoiriens à ceux de soldats français ayant sensiblement le même âge et les mêmes activités physiques, recevant une nourriture correcte et soumis au même climat (les Français étaient présents depuis au moins six mois en Côte d’Ivoire). Les résultats ne permettaient pas de différencier l’ECG d’un Noir de celui d’un Blanc. Par ailleurs, aucun observateur n’a signalé chez les Noirs des différences dans la structure et le fonctionnement du cœur. La chirurgie cardiaque n’a pas justifié non plus la notion d’un ECG propre à la population noire. Publiées à plusieurs reprises, nos observations se répandent peu à peu, mais cette notion absurde (sur le plan scientifique et sur le plan racial) apparaît encore dans des publications récentes.

Deux remarques s’imposent. D’une part, accepter qu’il y ait chez le Noir des anomalies « normales » peut conduire à des erreurs de diagnostic dans les cas litigieux ! D’autre part, on peut s’étonner qu’une conception aussi naïvement raciale soit restée sans opposition notable depuis les premières publications faites en Afrique du Sud en 1956, puis aux États-Unis. J’espère que les cardiologues admettront bientôt que l’ECG normal est le même chez le Noir que chez le Blanc, et aussi chez les métis et tous les autres. Mais que l’environnement peut entraîner des anomalies « d’origine indéterminée » chez les uns comme chez les autres.

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