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Docteur Dominique et les patients africains

DSK, le 18 janvier 2010. © Reuters

DSK, en tournée en Afrique, n'a eu de cesse de redorer l'image du Fonds monétaire international. Mettant en avant la gestion de la crise économique par l'institution, il s'st évertué à expliquer ses méthodes à ses interlocuteurs africains.

Du 6 au 12 mars, les Africains ont eu droit à trois Dominique Strauss-Kahn pour le prix d’un. Le directeur exécutif du Fonds monétaire international (FMI), l’économiste et l’homme politique. Le premier, en costume-cravate, a rencontré les présidents Mwai Kibaki (Kenya), Jacob Zuma (Afrique du Sud) et Rupiah Banda (Zambie), ainsi que le Premier ministre Mélès Zenawi (Éthiopie).

Le deuxième, en bras de chemise, s’est évertué à tirer les leçons de la crise financière de 2009 et à expliquer le rôle du FMI. Répétant que les pays africains ont été les « victimes innocentes » du choc, l’ancien ministre français de l’Économie a souligné que la situation aurait pu être « bien plus grave ». « Les deux tiers des pays africains ont pu adopter des politiques fiscales contracycliques en 2009, c’est tout à fait nouveau ! » a-t-il martelé. Selon lui, les dépenses en matière d’éducation, de santé ou d’infra­structures ont globalement pu être maintenues grâce à des environnements économiques plus sains, favorisés par les orientations préconisées par le FMI. En vendant une partie de son or, le Fonds a pu prêter 3,6 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros) à taux zéro au continent – près de trois fois plus qu’en 2008 –, a-t-il ajouté.

Orateur habile

À l’université Witwatersrand (Johannesburg), DSK s’est lancé dans un cours aux allures de one man show. Sans notes et dans un anglais impeccable, il a répondu aux questions des étudiants et prêché en faveur d’une plus grande régulation des marchés. L’idée : éviter que l’économie réelle « trinque » quand le secteur financier prend des risques inconsidérés.

Ainsi a percé un troisième DSK, plus politique. Car sa tournée avait aussi pour but de montrer que le FMI ne mérite pas, ou plus, la mauvaise réputation qu’il garde auprès des populations. « Il a été très convaincant », estiment Sameera Munshi et Fatsani Bunda, étudiantes à Witwatersrand, tout en regrettant qu’il n’ait « pas suffisamment évoqué les problèmes de corruption ou la faible influence des pays émergents au niveau international ».

Orateur habile, Strauss-Kahn a usé de la métaphore médicale pour désarmer ses détracteurs. Selon lui, le FMI est comme un médecin qui inciterait à une meilleure hygiène de vie : libre à chacun de ne pas suivre ses conseils… à ses risques et périls. « C’est vous qui êtes assis sur le siège du conducteur », a-t-il asséné. Pour ce qui est de la bonne gouvernance ou de la lutte contre la corruption, c’est aux gouvernements d’agir.

Quelle image de DSK l’Afrique retiendra-t-elle ? Sans doute celle du politique, tant le candidat potentiel du Parti socialiste français à la présidentielle de 2012 s’est employé à multiplier les symboles. À trois mois de la Coupe du monde de football, il s’est rendu sur un stade de Soweto (Afrique du Sud), où l’ONG Grassroots Soccer allie promotion du sport et prévention contre le VIH/sida. Au Kenya, touché par la déforestation, la sécheresse et les inondations, il a, en compagnie de la Prix Nobel de la paix Wangari Maathai, planté un arbre sur le campus de l’université de Nairobi. Et lancé l’idée d’un « fonds vert » mobilisant 100 milliards de dollars par an (73,2 milliards d’euros) pour financer des programmes de lutte contre le réchauffement climatique. Une manière de polir l’image du FMI… et de « verdir » la sienne.

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