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Cet article est issu du dossier «RD Congo : une histoire belge»

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Politique

Colette Braeckman visiteuse du « Soir »

A Bruxelles, le 9 mars : "Dès que ça ira mieux dans le pays, je ferai autre chose."

A Bruxelles, le 9 mars : "Dès que ça ira mieux dans le pays, je ferai autre chose." © Gaël Turine/Agence VU pour J.A.

En septembre dernier, Colette Braeckman arrive à Dungu, dans le Haut-Uélé. Un quidam l’interpelle : « Madame, enfin vous venez nous voir ! » L’effet est le même partout ailleurs en RD Congo. Le quotidien Le Soir peut être introuvable, il y aura toujours quelqu’un pour connaître Colette Braeckman. « Ce doit être mon blog », dit-elle. Sur le site du Soir, il est le plus consulté.

Cela tient peut-être à son visage, souvent rieur, à ses pommettes un peu hautes, à sa façon d’enchaîner les phrases avec gourmandise : à 63 ans, la « dame » a gardé la fraîcheur de l’adolescente fanfaronne, qui, peu avant l’indépendance, lisait dans la presse belge des articles au vitriol sur le « révolutionnaire » Patrice Lumumba et se disait : « J’irai vérifier moi-même. » « J’avais toujours l’impression qu’il n’était pas si mauvais que cela », se souvient-elle.

En ce début de mois de mars, elle revient de Kin­shasa, où elle a assisté aux spectacles d’une troupe de comédiens dans des quartiers populaires. Elle en parle encore avec enthousiasme. Pour rien au monde elle ne raterait le cinquantenaire de l’indépendance, le 30 juin : elle a réservé trois chambres d’hôtel pour être sûre d’en avoir une.

« Je ne suis pas mariée avec le Congo ! s’amuse-t-elle. Je suis ravie quand je fais autre chose. Il y a trois semaines, j’étais au Japon. » Colette Braeckman vit et relate cependant les soubresauts de l’histoire du pays sans discontinuer depuis plus de trente ans. Son premier séjour remonte à 1978. À l’époque, cela fait sept ans qu’elle est journaliste au Soir (elle se destinait à être interprète, et puis, « finalement… »). Traitant l’actualité africaine, elle va d’un sujet à l’autre : Érythrée, Mozambique, Angola, Afrique du Sud… L’attaque sur Kolwezi vient d’avoir lieu, mais le reporter en charge du Zaïre n’est pas disponible. Colette Brae­ckman le remplace au pied levé. En 1985, son confrère prend sa retraite. Elle prend définitivement en charge le « bébé » congolais. Et commence par une série de sujets dans la perspective de la prochaine visite du roi Baudouin, au mois de juin.

Au départ, le maréchal Mobutu est courtois. Il commence chacune des réponses à ses questions par un « Mais madame ». Puis survient le refroidissement diplomatique avec la Belgique. La journaliste en fait les frais, elle sera interdite de visa sur ordre du chef de l’État. En 1992, elle publie Le Dinosaure, le Zaïre de Mobutu (Fayard), premier de sa dizaine d’ouvrages sur le Congo et la région des Grands Lacs, qui n’arrangera rien. Il lui faudra attendre 1996 pour de nouveau mettre un pied dans le pays. Depuis l’arrivée de Joseph Kabila au pouvoir, en 2001, elle fait partie des rares journalistes à obtenir des interviews.

Pro-Kabila ?

Le quotidien Le Soir accorde toujours au Congo une place plus importante que ses concurrents, principalement La Libre Belgique, où officie une autre « dame » connue, Marie-France Cros. Colette Braeckman, qui a sillonné toutes les provinces du pays et dispose d’un épais carnet d’adresses, fait donc autorité.

Elle joue parfois un rôle politique. En avril 2008, elle accompagne le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Karel De Gucht, à Kinshasa. Dans l’avion, ses conseillers distribuent aux journalistes une biographie de Joseph Kabila contestant ses origines congolaises. Colette Braeckman les avertit de la nature explosive du document. Il ne sera pas modifié. Une main inconnue fait circuler l’information. Les autorités à Kinshasa sont rapidement informées. Qui plus est, la journaliste du Soir fait un article en une. Après sa parution, le lendemain, Karel De Gucht devra faire les cent pas huit heures durant avant d’être reçu par un Joseph Kabila qui avait décidé de le tutoyer. Le ministre reprochera à la journaliste son comportement « crapuleux »…

« Pro-Kabila » : Colette Braeckman a l’habitude de la critique, elle ne s’en offusque pas, prétendant « juger sur bilan ». Faiseuse d’opinion ? Sans doute, mais journaliste avant tout. Elle ne partage pas le « Congo-pessimisme ambiant » : « Si l’on compare la période actuelle avec la fin du règne de Mobutu, de nombreux chantiers ont été ouverts. » « Dès que ça ira mieux dans le pays, je ferai autre chose », plaisante-t-elle. Tout en sachant que ce n’est pas pour demain.

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