Société

Al-Azhar en deuil

Moderniste éclairé pour les uns, inféodé au pouvoir pour les autres, le recteur de la plus haute institution de l’islam sunnite est décédé le 11 mars.

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Mis à jour le 18 mars 2010 à 11:36

Mohamed Sayyed Tantawi, le 5 avril 2003, à Al-Azhar. © Amir Nabila/AP/Sipa

Emporté par une crise cardiaque, le 11 mars, sur le tarmac de l’aéroport international de Riyad, alors qu’il achevait une visite officielle en Arabie saoudite, Mohamed Sayyed Tantawi, 82 ans, recteur de l’université d’Al-Azhar, plus haute institution de l’islam sunnite, sera difficile à remplacer. Considéré comme « l’imam du raïs » en raison de sa proximité avec le clan Moubarak, le défunt était sans doute le théologien le plus controversé de son pays.

Né en 1928 dans la province de Sohag, en Haute-Égypte, Mohamed Sayyed Tantawi s’est illustré par des fatwas allant dans le sens d’une modernisation de l’islam, imposant une approche pragmatique en matière de riba (usure ou pratique de l’intérêt bancaire), déclarant étrangère à la religion la pratique de l’excision, admettant la mixité dans les enceintes scolaires et universitaires, et bannissant le niqab des amphithéâtres d’Al-Azhar…

Autant de décisions qui ne manquèrent pas de susciter les foudres des salafistes, partisans d’un islam pur et dur. Mais le défunt n’était pas seulement la cible des intégristes. Le courant nationaliste lui reprocha en effet d’avoir déclaré licite la décision du pouvoir de construire un mur d’acier souterrain pour obstruer les tunnels destinés à approvisionner la bande de Gaza, déjà soumise à un blocus par l’armée israélienne.

En revanche, Tantawi était très apprécié des coptes, dont il a toujours pris la défense lors des conflits récurrents avec les musulmans. Il était d’ailleurs très proche de leur chef, le pape Chenouda III, qui comptait parmi ses grands amis.

En attendant la nomination officielle de son successeur, qui pourrait être le vice-recteur Ahmed Tayeb, l’intérim est assuré par Ali Gomaa, Grand Mufti d’Égypte.