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Tunisie : Une nouvelle jeunesse

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De l’art difficile de séduire un employeur

Manque d’assurance, motivations floues, CV mal rédigés… Tous les recruteurs le déplorent : les jeunes ne savent pas se vendre. Ils n’en sont pas les seuls responsables.

Mis à jour le 9 avril 2010 à 11:41

« Je reçois beaucoup de candidats qui ne savent pas rédiger un CV, sont incapables de faire valoir leurs compétences et n’ont jamais été aidés pour définir leur orientation professionnelle », explique Geneviève Fabresse, directrice des ressources humaines (DRH) chez Pro2C, un centre d’appels. Pour beaucoup de DRH, le moment de l’entretien est l’occasion de se rendre compte des lacunes des candidats fraîchement diplômés. Tous pointent du doigt la responsabilité des établissements d’enseignement supérieur, qui, même s’ils commencent à y remédier, peinent encore à créer des passerelles avec le monde de l’entreprise et ne jouent pas suffisamment leur rôle de suivi auprès des jeunes diplômés. Un jugement que partage, en partie, Sami Zaoui, associé chez Ernst & Young et président de l’Association des Tunisiens des grandes écoles (Atuge) : « Quand l’Atuge organise des forums emploi, nous recevons plus de 1 000 CV, pour la plupart assez mal faits. C’est pour cela que nous proposons des stands CV et d’entretiens, pour les y former. »

Beaucoup d’entreprises préconisent l’organisation de journées d’information dans les écoles et les universités, afin de permettre au monde étudiant et au monde du travail de se rencontrer, ainsi que la pratique de stages en entreprise. Ces derniers sont pourtant encore loin d’être entrés dans la culture des entreprises tunisiennes, « ce qui est très dommage, car le stage est une étape essentielle pour permettre au jeune diplômé de construire son CV et de déterminer un parcours professionnel, souligne Sami Zaoui. Les entreprises doivent se mobiliser. » Pour Amine, recruteur dans une grande entreprise, « le problème est que l’on reçoit des jeunes qui n’ont aucun objectif. Ils vous disent : “Je veux faire un stage”, mais ignorent complètement ce qu’ils veulent en retirer. C’est une catastrophe ! »

Galère des diplômés-chômeurs

Ces trois dernières années, le marché de l’emploi s’est ouvert pour les cadres hautement qualifiés, notamment ceux formés à l’étranger, qui, à la faveur de la crise, sont de plus en plus nombreux à revenir au pays. Mais, comme ses voisins européens et maghrébins, la Tunisie est confrontée au problème des diplômés-chômeurs, qui sont désormais près de 80 000. Durant les vingt premiers mois de leur entrée dans la vie active, deux tiers des diplômés n’ont jamais accédé à un stage ou à un emploi. Un phénomène qui risque de s’amplifier puisque les étudiants sont chaque année plus nombreux à sortir des universités et à arriver sur le marché du travail : le nombre de diplômés du supérieur, qui a déjà doublé au cours des six dernières années, ira crescendo, pour atteindre les 95 000 à l’issue de l’année universitaire 2012, contre 64 000 en 2008 et seulement 5 000 en 1988.

Démobilisés, ces jeunes enchaînent en vain les entretiens et deviennent défaitistes. Certains rêvent d’aller vivre dans un pays du Golfe, « où il y a du travail et de meilleurs salaires ». À 30 ans, titulaire d’une maîtrise en physique, Ali aide son père dans sa boutique de la banlieue de Tunis : « Mes études ne m’ont pas permis de trouver un emploi correctement rémunéré. Je vis avec mes parents, je travaille avec mes parents, et je n’ai pas les moyens de construire ma propre famille », se désole-t-il.

L’orientation en ligne de mire

Pourtant, depuis dix ans, les autorités et les établissements d’enseignement se démènent pour une meilleure adéquation entre l’offre de formations et la demande du marché du travail et pour mieux orienter le parcours des étudiants. En 2000, sous le slogan « L’emploi pour tous prime », l’État a mis l’accent sur les formations professionnelles et l’orientation. Une tâche à laquelle s’est aussi attelé l’Observatoire national de la jeunesse. Depuis sa création, en 2002, la plupart des visiteurs qu’il accueille sollicitent des conseils dans leur recherche d’emploi, concernant leur orientation universitaire ou le choix d’une formation.

En 2006, une opération coup de poing a été organisée par le ministère de l’Emploi, pour faire se rencontrer 20 000 diplômés-chômeurs, qui n’avaient jamais travaillé depuis trois ans, et des employeurs potentiels. La consultation nationale sur l’emploi lancée en 2007 par le chef de l’État et, l’année suivante, celle sur la jeunesse ont permis de remettre les problèmes à plat et d’engager des pactes et des mécanismes ciblés, au niveau national mais aussi régional, pour augmenter le rythme de la création d’emplois et mieux accompagner les jeunes. « C’est essentiel car les chômeurs, en particulier les jeunes, sont complètement isolés, rappelle Sami Zaoui. Il faut absolument imaginer des structures qui permettent de les récupérer et de les motiver dans leur recherche d’emploi. »