Culture

Championzé, une histoire de Battling Siki

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Mis à jour le 29 mars 2010 à 17:18

Dans l’histoire de la boxe, certains noms ont marqué les esprits : l’Américain Jack Johnson, premier Noir champion du monde, en 1908, le Français Marcel Cerdan et son destin tragique, ou encore le légendaire Mohammed Ali… Mais qui se souvient d’Amadou M’Barick Fall, alias Battling Siki ? Ce Sénégalais né en 1897 à Saint-Louis avait pourtant toutes les raisons d’entrer dans la légende : en 1922, en battant une star internationale, le Français Georges Carpentier, il devint le premier Africain champion du monde de boxe.

C’est à cet étrange oubli que se sont attaqués les auteurs français de la bande dessinée Championzé. Le scénariste, Aurélien Ducoudray, s’est attaché à combler les lacunes de la biographie de Siki, évoquant en détail le parcours étonnant de ce champion embarqué encore enfant pour la France par une troupe de théâtre qui l’exposait comme une bête curieuse, avant qu’il soit repéré lors d’une bagarre par un entraîneur de boxe qui le propulsa sur le ring.

Championzé, une histoire de Battling Siki,
d’Aurélien Ducoudray et Eddy Vaccaro, Futuropolis, 128 pages, 20 euros

Enchaînant les victoires, Siki interrompt sa carrière pour devenir tirailleur pendant la Première Guerre mondiale, puis remonte sur le ring pour remporter le titre mondial. C’est alors qu’il s’attire les foudres du public : accusé à tort d’avoir triché, il essuie les pires insultes. La presse, qui ne lui pardonne pas d’avoir gagné contre le favori français, le surnomme Championzé, contraction de « champion » et de « chimpanzé ».

Peut-être parfois excessivement linéaire, comme si les auteurs n’avaient pas osé prendre trop de libertés avec leur sujet, Championzé est cependant l’une des plus justes et rares biographies du boxeur oublié. C’est aussi une très belle évocation des Années folles : le dessin d’Eddy Vaccaro, dans les tons sépia, inspiré du style des illustrateurs de l’époque, tel Gus Bofa, rend magnifiquement l’atmosphère ambiguë de ces années 1920, qui portaient aux nues les boxeurs, mais n’étaient pas encore tout à fait prêtes à accepter qu’ils soient noirs.