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Cet article est issu du dossier «Finance : au Nord, tous !»

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Économie

Nigeria : le tsunami Sanusi

Il a été directeur de la gestion des risques pour United Bank for Africa puis First Bank of Nigeria. DR ©

À un an de la fin de son mandat, le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria a annoncé qu'il ne se représenterait pas. Retour sur le parcours de celui qui a redressé le plus important secteur bancaire d'Afrique de l'Ouest.

Il est connu pour ses positions tranchées, comme l’ont rappelé ses récentes déclarations sur le néocolonialisme chinois en Afrique. Mi-mars, Sanusi Lamido Sanusi s’en était pris aux méthodes « impérialistes » de la Chine sur le continent, plaidant pour une réflexion économique intransigeante.

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L’intransigeance, c’est bien ce qui caractérise ce Nigérian de 51 ans qui n’a pas hésité à s’attaquer aux puissants banquiers du pays ni à prendre des positions impopulaires, soutenant notamment la décision gouvernementale, début 2012, de ne plus subventionner les carburants. Alors que son mandat s’achève en juin 2014, le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, qui a d’ores et déjà annoncé qu’il n’en briguera pas un second, restera dans les annales comme celui qui a permis au secteur bancaire du pays de se relever.

Discipline

À son entrée en fonction, il y a quatre ans, les banques du pays traversaient une crise provoquée par d’énormes créances douteuses – 40 % de leurs prêts ayant été accordés au mépris des règles usuelles de gestion des risques à des courtiers et à des particuliers. En août 2009, un audit général du secteur ayant mis à nu la toxicité du système, Lamido Sanusi entame une véritable croisade anticorruption ainsi qu’une opération de sauvetage des 24 banques au bord du gouffre. Pour leur permettre d’échapper à la faillite, Afribank, Intercontinental Bank, Union Bank of Nigeria, Oceanic Bank et FinBank seront ainsi renflouées avec 600 milliards de nairas (2,6 milliards d’euros). Huit directeurs généraux seront limogés, voire poursuivis en justice pour avoir placé leurs établissements en difficulté à la suite de l’octroi de prêts allant contre des règles prudentielles en place. « Obtenir des condamnations à l’encontre de ces individus riches et puissants a envoyé un signal fort à travers le pays : celui de la fin du temps de la corruption », déclarait-il alors au mensuel économique The Banker. Un traitement de choc qui a payé : en septembre 2009, Sanusi Lamido Sanusi était en mesure d’affirmer que 15 des 24 banques nigérianes survivraient à cette purge. Même s’il a été amené deux ans plus tard à nationaliser trois établissements menacés de faillite (Afribank, Spring Bank et Bank PHB), histoire de les aider à remplir dans les temps impartis les critères mis en place pour assurer la stabilité du système bancaire. De bons résultats qui lui ont valu de multiples distinctions. Cet inconditionnel de la discipline budgétaire sera coup sur coup désigné « meilleur gouverneur de banque centrale au monde » par The Banker en 2010 et personnalité africaine de l’année par le magazine américain Forbes en 2011.

Soutien aux agriculteurs

Mais ce fils de diplomate ne s’est pas uniquement focalisé sur le redressement du secteur bancaire. « Il est essentiel pour le développement et pour la stabilité du système financier de prêter à l’économie réelle », indiquait-il à The Africa Report début 2012. Face aux résultats décevants du pays en matière d’agriculture, il met en place un programme d’assistance technique et de partage des risques agricoles, baptisé Nirsal (Nigerian Incentive-based Risk Sharing System for Agricultural Lending), lancé en novembre 2011. Objectif : encourager les banques à prêter aux agriculteurs. Et la mesure commence à porter ses fruits. « Il y a quatre ans, le secteur agricole représentait moins de 1 % du portefeuille des banques ; l’an dernier, cette proportion est passée à 4 %. Nous avons débloqué plus de 300 milliards de nairas pour l’agriculture, mais nous pouvons faire mieux », indiquait-il en janvier dernier.

À un an de sa sortie de scène, ce dirigeant aussi réservé que déterminé peut notamment se targuer d’avoir stabilisé le cadre macroéconomique du pays avec un taux d’inflation inférieur à 10 %, mais aussi d’avoir créé un fonds de microfinance doté de 1,3 milliard de dollars (1 milliard d’euros) ou encore d’avoir élaboré une « stratégie nationale d’inclusion financière » pour atteindre un taux de bancarisation de 80 %.

Profil

– Né le 31 juillet 1961
– Diplômé en économie de l’université Ahmadu-Bello de Zaria (Nigeria) en 1981
– Enseigne l’économie dans la même université de 1983 à 1985
– Débute sa carrière bancaire en 1985 chez Icon Limited (Merchant Bankers)
– Nommé gouverneur de la Banque centrale du Nigeria le 3 juin 2009

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