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Cet article est issu du dossier «Sénégal, la leçon de Dakar»

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Diplomatie

Abdou Diouf, le démocrate

Le président du Sénégal Abdou Diouf en 1988. © Roland Godefroy/Wikimedia Commons

Au pouvoir de 1981 à 2000. "Le pouvoir m'a confronté aux humeurs de l'opinion publique, à la raison d'Etat, aux pressions sociales, et même à la démagogie des politiciens."  

J’ai rencontré à maintes reprises le président Abdou Diouf, à l’occasion de manifestations officielles comme au cours d’entretiens en tête à tête, mais aussi lors d’invitations « en famille », à sa table. Très rapidement, on se rend compte de sa connaissance des dossiers et de son intérêt pour les problèmes internationaux. Sous son impulsion, la diplomatie sénégalaise a été très active. À deux reprises, il a été président de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et s’est adressé en son nom à la tribune de l’ONU. On ne compte pas les initiatives qu’il a inspirées pour promouvoir les droits de l’homme, la justice internationale, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, le développement des pays du Sud. On ne peut oublier l’apport des forces sénégalaises à des opérations de maintien de la paix (Liberia, Sierra Leone, Guinée-Bissau…). Plusieurs leaders mondiaux ont d’ailleurs songé à lui pour succéder au Péruvien Javier Pérez de Cuéllar en 1991 au poste de secrétaire général de l’ONU.

Né en 1935 dans une famille musulmane modeste, il a poursuivi ses études à Saint-Louis puis à Dakar. Ses camarades reconnaissent vite son ascendant et le surnomment « notre président ». En France, il intègre ensuite l’École nationale de la France d’outre-mer. Il en sort en 1960, année de l’indépendance du Sénégal, où il retourne aussitôt. Après avoir occupé plusieurs postes, dont celui de gouverneur du Siné-Saloum, il est nommé successivement par Senghor directeur du cabinet présidentiel, secrétaire général de la Présidence, ministre du Plan puis Premier ministre, en 1970. Il sert fidèlement le chef de l’État. Mais son esprit de tolérance et d’ouverture se distingue lors des libérations et amnisties de prisonniers politiques (dont l’ancien Premier ministre Mamadou Dia), ou lors de l’instauration du multipartisme, qui deviendra intégral après son accession à la présidence.

En 2000 : un vrai démocrate

Fin 1980, Senghor renonce au pouvoir. Abdou Diouf lui succède en vertu de la Constitution. Ses quatre Premiers ministres appartiennent au Parti socialiste, mais certains ministres sont issus de l’opposition. Dans un climat de liberté d’expression et d’esprit d’entreprise, une certaine lassitude gagne cependant la population. Le pays subit – comme ses voisins – les effets de la crise. La croissance n’est plus suffisante, le développement espéré tarde et la structure du PS pèse lourd. La stabilité institutionnelle passe pour de l’immobilisme. Le climat social et politique se dégrade. À l’élection présidentielle de mars 2000, Abdou Diouf, en tête au premier tour, est distancé au second par la coalition Sopi (« changement », en wolof) emmenée par Abdoulaye Wade. 

C’est sans doute le plus bel héritage laissé au pays. Homme d’État, il a accepté l’alternance. Il aurait pu hésiter, lambiner… En vrai démocrate, il téléphone dès le lendemain du scrutin à son rival pour reconnaître sa défaite et le féliciter. La passation des pouvoirs est vite organisée, grâce notamment à un accord arrangé par Falilou Diallo, conseiller de Wade, qui exclut toute mise en cause réciproque et chasse aux sorcières.

Aujourd’hui secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), il continue de s’adonner à la lecture des textes sacrés (la Bible et le Coran) et à la méditation. Au pouvoir, cette tolérance lui a fait immédiatement comprendre l’importance et la menace de la crise en Casamance (voir p. 34). À Ziguinchor, en janvier 1999, au terme d’une facilitation que j’avais menée à la demande des parties, il s’adresse aux principaux chefs indépendantistes et au secrétaire général du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), l’abbé Augustin Diamacoune Senghor. Des pourparlers de paix s’engagent ensuite à Banjul, en Gambie. Abdou Diouf dira plus tard que l’un de ses principaux regrets est de ne pas être parvenu à un règlement. Faute de temps.

* Ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie, de 1996 à 1999

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