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Sénégal, la leçon de Dakar

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L’épine casamançaise

Mis à jour le 31 mars 2010 à 12:33

L’accord de paix de 2004 devait mettre fin à un conflit vieux de vingt ans. Mais, depuis quelques semaines, les combats se sont intensifiés entre l’armée et les indépendantistes

Les espoirs de paix en Casamance s’éloignent. Au cours des six derniers mois, au moins quinze militaires ont été tués dans cette région. Et, depuis une quinzaine de jours, les combats s’intensifient entre l’armée – qui mène une opération de ratissage au sud de Ziguinchor – et des éléments du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Depuis la signature en décembre 2004 d’un accord de paix, c’est la première fois que les hostilités prennent une telle ampleur.

Peu après son élection à la présidence, en 2000, Abdoulaye Wade avait affirmé pouvoir régler ce conflit en « cent jours ». Son prédécesseur, Abdou Diouf, avait entrepris des négociations directes avec les indépendantistes, mais elles n’avaient pu aboutir avant l’alternance.

Absence d’interlocuteur

Depuis, le dossier a été confié à quatre « Monsieur Casamance », et aucune véritable politique de développement n’a été menée dans la région. Et si l’État soutient vouloir dialoguer, il reste confronté à une absence d’interlocuteur. César Atoute Badiate est considéré comme le chef d’Atika, la branche armée du MFDC, mais l’aile politique demeure sans leader depuis la mort en 2007 de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor. Le mouvement, en proie à des divisions – en partie alimentées par Dakar –, est incapable de désigner un successeur et de définir les nouvelles orientations de la lutte. La question de l’indépendance ne fait d’ailleurs plus l’unanimité. Le MFDC a été créé en 1947. Sa vocation était de promouvoir des natifs de la région. La revendication indépendantiste est apparue au grand jour à partir des années 1980, sous l’impulsion de l’abbé Diamacoune. Il estimait que les Casamançais étaient lésés par rapport aux « Nordistes » (Sénégalais du Nord), qui pillaient les ressources abondantes du Sud, très fertile. Quant à Atika (« combattant », en langue joola), elle a été créée le 26 décembre 1983 pour répondre à la répression dont étaient régulièrement victimes les sympathisants du MFDC. À l’époque coloniale, les administrateurs portugais, anglais puis français s’étaient déjà heurtés à une très forte résistance des populations, déterminées à préserver leur identité.

De 1983 à nos jours, des milliers de personnes ont fui leurs villages. Selon l’Association pour la promotion rurale de l’arrondissement de Nyassia (Apran), il y aurait plus de 10 000 déplacés à Ziguinchor. Le nombre de morts (civils, militaires et combattants) serait de plusieurs centaines, et les mines antipersonnel, posées par le MFDC, ont fait 751 victimes.