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Le boom des maisons d’hôtes

Pour sortir des circuits classiques, l’initiative privée invente un tourisme alternatif à travers de nouvelles formules d’hébergement.

Mis à jour le 8 avril 2010 à 12:41

La chambre bleue (ou Dar Ben Miled), dans la médina de Tunis. © Nicolas Fauqué / www.imagesdetunisie.com

Murs blancs, coussins bleu azur, transats au design moderne, coin piscine, cactus paresseux. Dar Bibine, à Djerba, joue la carte du farniente chic. À l’opposé, Dar Chenoufi, au Kef, mise sur les atouts du terroir et d’une campagne bucolique, encore méconnue. Ce ne sont là que deux exemples, sur une cinquantaine, d’une nouvelle offre touristique en Tunisie, celle des maisons d’hôtes.

Né il y a cinq ans de manière presque confidentielle, le phénomène est aujourd’hui très à la mode. Aux antipodes du tourisme de masse, les maisons d’hôtes sont les nouvelles ambassadrices de charme de la destination. Les offres chez l’habitant se sont multipliées, si bien qu’aujourd’hui on peut faire le tour de la Tunisie à travers ce réseau. Palais de la médina, maisons troglodytes, demeures traditionnelles sont autant de lieux paisibles, parfois insolites, où se déploie un sens certain de l’hospitalité.

Cette nouvelle formule d’hébergement répond à une demande hors des circuits classiques. Et tous les propriétaires de maisons d’hôtes sont unanimes à dire qu’ils souhaitent avant toute chose partager leur passion pour leur demeure ou leur région. Certains, comme Isabelle Planchon, propriétaire de Dar Bibine, ont abandonné leur carrière professionnelle pour s’immerger totalement dans leur projet, né d’un réel coup de foudre.

L’activité a obtenu son cahier des charges en janvier 2010. Au départ, seules des autorisations d’exploitation provisoire étaient délivrées, les autorités régionales ayant du mal à cadrer un concept échappant aux normes du tourisme classique. C’est à la faveur d’initiatives privées, relayées par des prêts bancaires, que ces projets ont pu voir le jour. Marouane Ben Miled, amoureux de la médina de Tunis, fait même d’une pierre deux coups avec La Chambre bleue, dont l’exploitation apporte un appoint financier pour sauvegarder une demeure du XIXe siècle. Pour d’autres, comme à Dar Zaghouan, il s’agit de créer une dynamique à travers des activités liées au terroir. Cet effort privé est aujourd’hui encouragé, car il donne au tourisme tunisien une image valorisée et valorisante. Les établissements tunisiens ont d’ailleurs fait leur première sortie officielle au Salon international des chambres d’hôtes, les 13 et 14 mars, à Bruxelles.

Promotion en ligne

Les acteurs de ce tourisme alternatif ont su vendre leur concept sans moyens promotionnels réels, éveillant la curiosité à travers des sites internet ou des pages Facebook qui mettent l’accent sur l’esthétique des lieux, l’originalité des espaces et des activités enrichissantes. Cette nouvelle visibilité du secteur a suscité des reportages et des sujets dans des magazines internationaux, tels que Maisons Côté Sud. Amel Djaïet, fondatrice du site Mille et Une Tunisie, a été l’initiatrice et la fédératrice de cette communication en ligne qui a remporté un franc succès au vu du nombre de réservations enregistrées.

Ouvertes toute l’année, ces maisons affichent un taux d’occupation moyen de 50 %, pour un prix de 100 euros environ la nuitée. La clientèle est cosmopolite : résidents étrangers, touristes, nationaux, tous attirés par un cadre de vie non stéréotypé et qui apprécient de se sentir choyés. Gérard, de Dar Bibine, note que les Anglo-Saxons, qui ne sont pas les premiers clients du tourisme tunisien, sont friands de la formule, et que ce créneau peut donc ouvrir de nouveaux marchés. « Cela favorise les échanges et le plaisir de la découverte, précise Raoudha Chenoufi, pionnière des maisons d’hôtes. Nous attirons une clientèle individuelle en quête d’émotions, de moins d’anonymat. »

Au moment où la conjoncture fait de la maison une valeur refuge, recevoir des hôtes est aussi une manière de partager avec l’autre un chez soi et un ailleurs dans sa propre maison.