Politique

La xénophobie à visage humain

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Mis à jour le 8 avril 2010 à 13:25

Plus présentables que la vieille garde populiste, les nouveaux élus de la Ligue du Nord ont largement contribué à la victoire de leur allié Berlusconi aux régionales des 28 et 29 mars. Leur chef de file se nomme Luca Zaia.

Aux élections régionales des 28 et 29 mars, le Peuple de la liberté, le parti de Silvio Berlusconi, et ses alliés de la Ligue du Nord ont remporté quatre régions clés et conservé les deux qu’ils dirigeaient déjà.

Capitale pour le chef du gouvernement italien, qu’on croyait en sérieuse difficulté à la veille du scrutin, cette victoire lui laisse pourtant un goût amer.

D’abord parce que son parti a perdu 4,5 % des voix par rapport aux régionales de 2005. Ensuite parce que près de 15 millions d’Italiens ont choisi de s’abstenir. Enfin, et surtout, parce que le succès remporté dans les régions septentrionales doit tout à la Ligue du Nord, qui a détrôné la gauche dans le Piémont, où cette dernière était pourtant solidement ancrée, et triomphé en Vénétie.

Ce parti xénophobe et populiste fondé à la fin des années 1980 dirige aujourd’hui 2 régions, 14 provinces et 350 communes, toutes situées au nord du Pô. En échange de son soutien, il s’apprête à présenter au Cavaliere une facture plutôt salée : l’instauration du fédéralisme pour permettre à chaque région de gérer ses finances comme elle l’entend, sans être contrainte de venir en aide aux « bouseux » du sud de la péninsule. Et ce n’est pas tout ! La Ligue exige aussi la mairie de Milan lors des municipales de 2011, et, pour faire bonne mesure, quelques ministères supplémentaires lors du prochain remaniement.

Des hommes jeunes, séduisants, discrets

Pour blinder le Nord et imposer sa loi à Berlusconi, il lui a fallu éviter toute erreur de casting et choisir ses candidats aux régionales avec soin. Elle a donc désigné des hommes jeunes, séduisants, discrets, un peu technocrates sur les bords et surtout aux antipodes de l’image que l’on se fait du militant ligueur, vociférant à tout propos sa haine des immigrés. Pour la Vénétie, le choix est tombé sur Luca Zaia, l’actuel ministre de l’Agriculture, un grand brun au cheveu gominé que l’on dit pragmatique, sympathique et doué d’une grande capacité d’écoute. Proche des gens et fier de ses racines, il aime le bon vin et les chevaux, déteste les OGM et se montre sceptique à l’égard du nucléaire, bien que son parti soit favorable à la réouverture des centrales. Grand défenseur des « spécificités régionales », il souhaite que le dialecte vénitien soit enseigné dans les écoles et utilisé par les présentateurs de certains journaux télévisés. Entre deux Conseils des ministres, ce diplômé en sciences agricoles a donc, deux mois durant, méthodiquement fait campagne. Étables, restaurants, usines, salles des fêtes et bars à vin : rien ne lui a échappé.

Après son élection triomphale (62,5 % des suffrages), il a pourtant hésité. Apparemment, il n’avait pas très envie de renoncer aux ors de la République. Mais il a fini par se rendre aux instances d’Umberto Bossi, le fondateur et grand patron de la Ligue. « Un gouverneur vaut davantage qu’un ministre », lui a expliqué celui-ci. « Paris vaut bien une messe », lui aurait concédé le Vénitien, en ôtant d’une chiquenaude une poussière imaginaire sur sa pochette verte, couleur du parti. Le nouveau président de région s’apprête donc à rendre son tablier ministériel. « Je ne peux être au four et au moulin, ma priorité est de faire de la Vénétie la première région d’Italie », a-t-il déclaré au cours d’un grand banquet à base de spécialités régionales donné pour fêter sa victoire.