Culture

Darwin, un stand-up contre les idées reçues

En spectacle à Paris, l’humoriste congolais s’emploie à démonter les clichés qui collent à la peau des « rebeus », des « renois » et des « reblancs ».

Mis à jour le 9 avril 2010 à 14:05

Sourire facétieux jusqu’aux oreilles, yeux rieurs et tenue décontractée, il s’élance sur la scène du théâtre Traversière, à Paris : « Je me présente, je m’appelle Phil Darwin et je viens d’Afrique ! » Pour son premier « vrai » one-man-show – tous les mardis jusqu’au 25 mai –, l’humoriste congolais va tour à tour se glisser dans la peau d’un voyageur maghrébin qui négocie son excédent de bagages à l’aéroport, d’une midinette africaine qui refuse de payer l’addition au restaurant et d’un jeune Blanc amoureux. L’occasion de taquiner toutes les communautés, « rebeus, renois et reblancs », et de décrypter, avec une bonne dose d’autodérision, les relations de couple, la question de l’intégration et les soubresauts de l’actualité. « Il ne faut surtout pas se taire. Par la comédie, j’essaie d’appréhender le débat sur la burqa ou sur les minarets d’une autre manière », dit-il.

Congo, France, Algérie

Phil Darwin s’applique à dénoncer les idées reçues. Lui-même ne se réduit pas à quelques clichés. Fils de diplomate, il confie avoir « grandi dans une tour d’ivoire » et beaucoup voyagé, au gré des mandats de son père. Aujourd’hui, il porte en lui trois pays : la France, l’Algérie, le Congo. Arrivé dans l’Hexagone à l’âge de 4 ans, en 1981, il en repart cinq ans plus tard pour rejoindre l’Algérie­. De l’école primaire au collège, c’est là qu’il découvre l’ivresse des planches et commence à caresser le rêve de devenir le « Eddy Murphy africain ». Cette passion ne le quittera plus. Mais comme son père veut qu’il passe le concours de l’ENA, il choisit des études de management afin de devenir producteur dans la comédie, « un bon compromis ». En 2002, il teste auprès de ses amis ses premiers sketchs. « Quand une fille me plaisait, je regardais d’abord si elle avait des talons ! Je me suis lancé le défi d’écrire sur ma petite taille et je me suis produit lors de spectacles gratuits. » Bien sûr, il n’oublie pas le Congo-Brazza­, où il est né et où il a subi la guerre, à 19 ans. « Une pluie de bombes qui frappaient au hasard. Nous avons vécu une période sombre, d’une extrême violence. »

Mais c’est finalement en France que Phil Darwin réside aujourd’hui. Au moment où il décroche un mastère de management à Paris, il entre en résidence dans une petite salle de la capitale, le théâtre Moloko, en compagnie de l’humoriste Mamane. « Il n’y a pas de discrimination à l’embauche dans notre métier, tout passe par le bouche à oreille. » Sa participation au côté de l’humoriste française Anne Roumanoff au spectacle Rire contre le racisme le conduit à se produire sur les grandes scènes parisiennes. Son souhait le plus cher ? Que la communauté congolaise vienne voir ses spectacles. « Au Congo, quand je disais que je repartirais en France pour devenir comédien, c’était la blague de l’année ! En Afrique, nous n’avons pas la culture du stand-up. » Aujourd’hui, il compte parmi les acteurs de la seconde saison de Toi-même tu sais, série consacrée à la santé des émigrés Africains. Et il retourne souvent dans le continent, où il donne des spectacles pour le compte d’associations humanitaires. Il projette d’ailleurs de présenter au Congo sa nouvelle pièce, Les Cauchemars du gecko, où il surprend dans son premier rôle dramatique. « Mon cœur est à l’Afrique », confie-t-il avec un sourire taquin.