Environnement

Bancoult, l’homme de la révolte

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Olivier Bancoult, à la tête d’une manifestation, le 4 mars, à Port-Louis.

Olivier Bancoult, à la tête d'une manifestation, le 4 mars, à Port-Louis. © NASSEEM ACKBARALLY/PANAPRESS/MAXPPP

Londres a confirmé sa volonté de faire des Chagos une aire maritime protégée. Expulsés il y a quarante ans, les habitants ont trouvé un leader pour faire valoir leurs droits.

Sans ses couleurs criardes, personne ne remarquerait le tout nouveau siège du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), inauguré le 3 mars à Port-Louis. Avant, les ressortissants de ce chapelet d’îles administrées par la Grande-Bretagne, revendiquées par Maurice, interdites aux civils et occupées par l’armée américaine, n’avaient aucun local « officiel », autant dire aucune visibilité. Mais c’est du passé.

Depuis plusieurs semaines, ils font (bien malgré eux) la une des médias mauriciens et britanniques. Le 1er avril, le gouvernement de Gordon Brown a confirmé son intention de faire des Chagos la plus grande aire maritime protégée du monde (650 000 km²), rendant ainsi quasi impossible un retour des Chagossiens sur leurs terres. Un choix applaudi par certains écologistes mais dénoncé par le gouvernement mauricien, des parlementaires anglais et plusieurs ONG. Et par un homme, déterminé : Olivier Bancoult, le fondateur du GRC.

1600 évacués entre 1967 et 1973

Lorsqu’il est né, en 1964, tout était beau sur l’île de Peros Banhos. C’est du moins ce que racontent les anciens. Quand il était petit, sa mère lui répétait qu’au pays « tout le monde avait une maison, il n’y avait rien à payer et il y avait du travail pour tous ». Bancoult, lui, ne peut pas s’en souvenir : « Quand j’avais 4 ans, mes parents nous ont emmenés à Maurice pour faire soigner ma petite sœur, qui s’était fracturé le pied. Deux mois après, ils ont voulu rentrer mais on leur a dit que l’île avait été donnée aux Américains. »

Comme les 1 600 autres Chagossiens évacués de leurs îles entre 1967 et 1973 – et envoyés pour la plupart à Port-Louis –, la famille Bancoult se retrouve du jour au lendemain sans patrie. Un jour, un professeur énonce : « Nul ne peut se voir interdire d’entrer dans son propre pays. » C’est le déclic pour Olivier. En 1983, il rompt avec la passivité de la communauté et fonde le GRC. Le groupe réclame d’abord la nationalité britannique, qu’il obtiendra en 2002, puis le « droit au retour ».

Au début, les Chagossiens snobent cet électricien peu charismatique. Mais au fil des victoires du GRC devant la Haute Cour de Londres, ils commencent à y croire. Certains d’entre eux obtiennent même le droit, en 2006, de retourner, pour quelques heures, sur leur terre natale. Bancoult est du voyage. Il découvre alors les tombes de ses ancêtres abandonnées aux racines et les vieilles bâtisses du village ruinées par les vents.

« Même à son pire ennemi, on ne souhaite pas ça ! » lâche-t-il dans un rare accès de colère, au milieu de son bureau. Au mur, au-dessous du drapeau orange, noir et bleu des Chagos, une photo encadrée le montre en compagnie de Mandela, un homme qui « n’a jamais abandonné ».

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