Politique

KPC, le nouvel homme fort de l’économie

"KPC" (au c.) inaugure le siège de GuiCoPres avec le Premier ministre Jean-Marie Doré (à d.). © ISOUMARE/APA

La fortune rapide de l’entrepreneur en bâtiment Kerfalla Person Camara fait jaser à Conakry. Le jeune quadra semble associer habilement ses liens avec le pouvoir et son sens inné des affaires.

Pas facile de pénétrer dans le siège de la Guinéenne de construction et de prestation (GuiCoPres), l’entreprise de Kerfalla Person Camara, surnommé KPC pour le distinguer du général Kerfalla Camara, l’ancien homme fort de Lansana Conté. Un imposant service d’ordre filtre les visiteurs à l’entrée des locaux flambant neufs. À l’intérieur, militaires et hommes d’affaires se pressent dans l’espoir de rencontrer le nouveau baron de l’économie. Dans la cour, un immense portrait du président Konaté rappelle les liens avec le pouvoir en place.

KPC, tout juste 40 ans, crée sa société à sa sortie de l’université de Conakry, en 1998, mais n’est guère connu du grand public avant 2008. Youssouf Decazy, directeur général de GuiCoPres, admire le parcours de son patron : « Il n’avait que 28 ans lorsqu’il a monté son entreprise. Il a gagné ses premiers contrats en obtenant le marché du désherbage du campus plusieurs années de suite. Il s’est ensuite entouré d’ingénieurs en bâtiment pour profiter du boom de l’immobilier. Il s’est forgé une réputation de gestionnaire rigoureux. »

Confiance des militaires

À l’époque, KPC ne roulait pas sur l’or. Il arrondissait ses fins de mois comme gérant d’une boîte de nuit en vogue, Le Sélect, fréquentée par des hommes d’affaires influents de la capitale. Un second métier qui, selon Decazy, lui a permis d’étoffer son carnet d’adresses : « Il a pu rencontrer des banquiers qui l’ont conseillé sur sa gestion et obtenir la construction d’agences bancaires comme celles d’Ecobank et de bureaux comme ceux de Nestlé Guinée. » L’entreprise obtient également début 2008 le contrat de rénovation du tristement célèbre stade du 28-Septembre, une réfection dénoncée par la Fédération guinéenne de football pour ses imperfections. Mais l’envol de sa carrière coïncide avec l’arrivée au pouvoir de Moussa Dadis Camara, en décembre 2008. « La junte dirigeait le pays depuis le camp Alpha Yaya Diallo, mais le mess des officiers était en piteux état. Les militaires ont fait venir KPC et lui ont demandé de le rénover pour qu’ils puissent s’y sentir à l’aise. Il a accepté de tout financer sans garantie et a réalisé un travail de qualité », explique Decazy.

Ce coup de poker lui vaut la confiance des militaires. Il décroche par la suite la réfection des clôtures du camp, puis le contrat faramineux de 500 milliards de francs guinéens (73 millions d’euros) pour reconstruire les casernes du pays, grande priorité de Sékouba Konaté, qui veut faire rentrer les militaires dans leurs cantonnements. Par la suite, d’autres contrats publics lui sont octroyés, dont la réfection de l’hôpital Donka de Conakry et d’une agence de la Banque centrale.

KPC se sent aujourd’hui pousser des ailes. Il vient de créer une filiale consacrée au transit, une autre à l’immobilier et une troisième à l’importation de matériaux de construction. Il a inauguré en grande pompe son nouveau siège dans le centre-ville de Kaloum le 13 mars. Signe de ses liens étroits avec le pouvoir, la célébration a été présidée par le Premier ministre, Jean-Marie Doré, entouré de nombreux membres du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), dont le lieutenant Moussa Tiégboro Camara et le général Mamadouba Toto Camara, des proches de Dadis.

GuiCoPres compte un peu plus de 500 salariés, mais reste flou sur ses résultats : « Mon chiffre d’affaires est estimé à des milliers de milliards de francs guinéens », se vantait KPC début mars. Et la manière dont il a pu créer son « empire » fait grincer des dents. « Il ne connaît rien à la construction. Il ne doit son succès qu’à ses liens avec Sékouba Konaté, qui lui donne les marchés », s’offusque un entrepreneur, privé de contrats publics.

Pour beaucoup, KPC apparaît comme le successeur du controversé Italien Guido Santullo, « l’ami » du président Lansana Conté, qui engrangeait les contrats publics de construction. Si l’on retrouve la même opacité dans l’octroi des marchés, le nouvel ami bâtisseur du président est cette fois-ci guinéen… 

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