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Togo, sous la férule du timonier national

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Olympio, un destin d’éternel opposant

Le fils de l’ancien chef de l’État a passé sa vie à essayer de venger son père, assassiné en 1963. Sans y parvenir.

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Mis à jour le 26 avril 2010 à 20:05

Gnassingbé-Olympio. Le duel a duré cinquante ans, ou presque. Deux familles, quatre personnages, deux pères et deux fils qui auront marqué l’histoire politique du pays. La bataille entamée en 1963 est quasi terminée. La famille Olympio est vaincue, non pas par K.-O., mais par abandon. À 73 ans, Gilchrist devait jouer sa dernière carte lors de la présidentielle du 4 mars 2010. Il s’est couché. Et n’arrivera probablement pas à se relever.

Toute sa vie, il n’a eu qu’une obsession : venger son père, Sylvanus, président de la République, assassiné le 13 janvier 1963 par le sergent-chef Étienne Eyadéma.

Au moment du coup d’État, Gilchrist a 27 ans. Formé dans les meilleures écoles de la région, puis aux États-Unis et en Grande-Bretagne, où il a obtenu comme son père un doctorat en économie, il est recruté par les Nations unies à New York, puis rejoint le Fonds monétaire international. Il n’a jamais milité pendant ses jeunes années et ne s’est lancé en politique qu’avec sa propre formation, le Mouvement togolais pour la démocratie (MTD), qu’il crée en 1967. Pour Gilchrist, l’heure de la vengeance a sonné : Eyadéma, en embuscade depuis quatre ans, vient de renverser le président Nicolas Grunitzky.

Bien qu’absent du Togo la plupart du temps, parce que en exil ou menacé de mort, Gilchrist Olympio devient une grande figure de l’opposition. Pour son acharnement à combattre Eyadéma, certes, mais aussi grâce à l’acharnement d’Eyadéma à se débarrasser de lui. Par la ruse, la manipulation des textes, l’intimidation, la violence, le chef de l’État essaiera d’anéantir celui qui fut une sorte de réincarnation mi-réelle, mi-fantasmée de Sylvanus.

En 1991, Gilchrist rentre au Togo, où se tient la Conférence nationale. Inflexible, il refuse tout rapprochement avec le pouvoir. Un an plus tard, alors qu’il bat campagne pour les législatives dans le nord du pays, il tombe dans une embuscade dont il réchappe de justesse.

Il cumule ensuite les rendez-vous manqués. Empêché de se présenter en 1993 (son certificat médical n’avait pas été établi à Lomé), il croit la victoire à portée de main en 1998, jusqu’à ce que le décompte des voix soit suspendu et Eyadéma déclaré vainqueur. En 2003, il est à nouveau empêché de se présenter. En jouant cavalier seul, il finit par agacer les autres opposants.

Gnassingbé Eyadéma meurt en février 2005, sans que la famille Olympio ait obtenu vengeance ou réparation. Pis, le chef de l’État est remplacé par son fils. Le « petit Gnassingbé » ou « Eyadéma junior », comme l’appelle Olympio, deviendra sa nouvelle cible.

Mais l’opposant, qui finit par faire figure d’arlésienne de la vie politique togolaise, volant la vedette à tous les autres « opposants historiques », n’est pas au rendez-vous de 2010. Un mal de dos le contraint à rester aux États-Unis au moment où il devait présenter sa candidature. Hasard ou dernier acte manqué ?