Politique

DSK : ira, ira pas ?

Nul ne sait si Dominique Strauss-Kahn renoncera avant terme à la direction générale du FMI pour briguer l’investiture socialiste à l’élection présidentielle de 2012. Tout dépendra sans doute de la cote de popularité de Martine Aubry, la première secrétaire du PS, l’an prochain.

Mis à jour le 4 mai 2010 à 13:30

Dans son avion entre Kinshasa et Abidjan, en mai 2009. © DOMINIQUE VIGER/AFP

La blague fait florès rue de Solférino, au siège du Parti socialiste : « La France est en fâcheuse posture. Dans tous les cas, Dominique Strauss-Kahn s’occupera d’elle en 2012. Soit comme directeur général du Fonds monétaire international, soit comme président de la République. » À condition, bien sûr, que « DSK » brigue l’Élysée dans deux ans…

Même si l’éclatant succès du PS aux élections régionales du mois de mars place Martine Aubry, sa première secrétaire, en bonne position pour affronter Nicolas Sarkozy lors de la prochaine présidentielle, le dilemme qui se pose à l’ancien ministre des Finances de Lionel Jospin promet de durer. Ira, ira pas ?

Lors de son élection, le 1er décembre 2007, à la direction générale du FMI, avec le soutien d’un Sarkozy résolu à éloigner un rival potentiel, DSK envisageait sa mission comme une simple remise à niveau d’une institution décriée, déboussolée et déficitaire. Mais il pensait bien revenir sans trop attendre dans le jeu politique français.

Tout a basculé en 2008, avec le déclenchement de la plus grave crise depuis la Grande Dépression des années 1930. Avec son équipe, il a été le premier à pressentir l’effondrement de la consommation mondiale et, dès l’automne de cette même année, à proposer des parades. Sous sa houlette, le très libéral FMI a pris un virage à 180° et renoncé au sacro-saint principe de l’équilibre budgétaire. Lors du Forum de Davos, il n’a pas hésité à appeler tous les pays qui en avaient la possibilité à accepter, afin de relancer leur économie, un déficit représentant 2 % de leur produit intérieur brut.

Conseiller des princes

Le dogme imposait-il de tailler dans les programmes sociaux pour sauver de la faillite les pays en difficulté ? À l’inverse, DSK a demandé à ses collaborateurs de mettre au point des plans de sauvetage qui préservent au maximum les dépenses en faveur des plus pauvres. Avant la crise, personne ne voulait plus de l’aide du FMI en raison des conditions draconiennes mises à son attribution. Désormais, de l’Islande au Pakistan, et de la Pologne au Mexique en passant par la Hongrie, on fait la queue pour l’obtenir. Pour faire face à cet afflux, les réserves de l’institution ont été considérablement accrues : de 250 milliards à 750 milliards de dollars. C’est le FMI qui prépare les décisions du G20 en matière de régulation, de surveillance, et de gouvernance de l’économie et de la finance mondiales. DSK conseille Barack Obama, Gordon Brown, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Et il tente de convaincre les responsables chinois, indiens, argentins ou sud-africains du bien-fondé de ses propositions.

Inch’Allah !

Bref, le FMI étant revenu au centre de l’échiquier planétaire, Dominique Strauss-Kahn a tout loisir d’y mettre en application ses idées sociales-démocrates. « Pourquoi renoncerait-il à un travail aussi captivant, dès lors que la pertinence des conseils et de l’action du Fonds est désormais établie ? » commente un haut responsable de l’institution. Oui, pourquoi troquerait-il une position aussi en vue pour une candidature à la présidentielle française ? Pourquoi quitterait-il la scène mondiale pour un théâtre plus exigu, où les problèmes – de l’accumulation des déficits à la très laborieuse réforme des retraites – s’annoncent de surcroît d’une redoutable complexité ? Parce que, répondent les analystes, tous les sondages le donnent depuis six mois vainqueur de Sarkozy. Les journalistes ne manquent pas une occasion de l’interroger sur son éventuelle candidature. Chaque fois, il botte en touche. Cette attitude s’explique par plusieurs raisons.

1. Sa réussite à Washington lui assure, en France, une notoriété incomparable. Il lui faut donc persévérer dans cette voie pour être en position de concourir pour l’Élysée.

2. Il a passé avec Martine Aubry, mais aussi avec l’ancien Premier ministre Laurent Fabius, un pacte tacite de non-agression en vue de l’investiture socialiste pour la présidentielle. Considérant que la première secrétaire commence à s’imposer, au sein du parti comme dans l’opinion, il refuse de jouer une carte personnelle qui conduirait à la division et, selon toute vraisemblance, à la défaite face au président sortant.

3. DSK n’est pas François Mitterrand. « Il ne se lève pas tous les matins en pensant à l’Élysée. Pas plus qu’il ne cherche à liquider tout adversaire susceptible de lui faire de l’ombre ; ce n’est pas un tueur », estime l’un de ses amis.

4. Son « dilettantisme » supposé est, en réalité, une vraie philosophie. « À l’adolescence, il a vécu le tremblement de terre d’Agadir, au Maroc, dans lequel il a perdu plusieurs de ses amis, raconte un proche. Il en a tiré un certain fatalisme. Si les choses doivent se faire, il estime qu’elles se feront sans qu’il ait besoin de se contorsionner. Donc, Inch’Allah ! »

En définitive, ce sont les sondages qui trancheront le dilemme. Si « Martine » confirme ses bonnes prestations et continue de faire mouche dans l’opinion au point de devancer Sarkozy s’agissant des intentions de vote, DSK poursuivra sa mission de construction d’un embryon de gouvernance mondiale autour du FMI.

Si, au contraire, il apparaît en 2011 comme le seul à même de faire gagner la gauche, il ne pourra pas se dérober.

Nicolas Sarkozy l’a parfaitement compris. S’il se montre hostile au sauvetage de la Grèce par le FMI, c’est qu’un succès de celui-ci conférerait à son directeur général une stature européenne. DSK à Washington, passe encore : c’est loin. Mais pas question de le laisser prendre pied en Europe. Et pourquoi pas en France, tant qu’il y est ?