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Cet article est issu du dossier «Algérie : Bouteflika III, acte I»

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Économie

Tour de vis et retour de l’État

| Par Jeune Afrique
Dans le port d'Alger, les conteneurs de produits venus de l'étranger attendent.

Dans le port d'Alger, les conteneurs de produits venus de l'étranger attendent. © Samir Sid

Le gouvernement a révisé sa stratégie au profit des entreprises locales. Un patriotisme économique qui tranche avec l’option libérale suivie jusqu’à présent. Et qui a dérouté plus d’un opérateur.

« Nous nous sommes trompés. » Huit mois avant de briguer un troisième mandat, Abdelaziz Bouteflika fait, le 26 juillet 2008, cet inattendu aveu d’échec devant une assemblée d’élus locaux. L’homme n’est pourtant réputé ni pour ses envolées autocritiques ni pour ses penchants pour la contrition. C’est dire la gravité de la confession. Bouteflika faisait référence à ses choix économiques (ouverture tous azimuts, libéralisation au détriment de la régulation) et à leurs conséquences : explosion des importations (39 milliards de dollars en 2008), fuites de capitaux et hémorragie de devises dues à un développement exponentiel de transferts illicites, de l’informel, du blanchiment d’argent, etc. Cette déclaration annonçait un retour de l’État dans la sphère économique, mais nul n’imaginait que le tour de vis prendrait de telles proportions.

Après une première loi, promulguée en août 2008, relative à la répartition du capital des entreprises en faveur des nationaux, le changement a pris la forme d’une loi de finances complémentaire (LFC), adoptée le 18 juillet 2009.

Un frein aux importations

Les nouvelles mesures imposent, par exemple, au futur investisseur étranger d’associer, à hauteur de 30 %, un partenaire national (public ou privé). Une sacrée contrainte quand on sait que l’Algérie n’est pas réputée pour la visibilité politique et la transparence de son marché.

Pour réguler les opérations de commerce extérieur, le crédit documentaire (Crédoc, un formulaire délivré par la banque où est domicilié l’opérateur) est désormais exigé pour tout acte d’importation. Cette procédure permet la traçabilité des financements et un meilleur contrôle sur la qualité des produits importés. Un véritable coup de pied dans la fourmilière des importateurs. On recensait plus de 22 000 opérateurs avant la LFC ; plus de 16 000 ont cessé toute activité depuis son entrée en vigueur en août 2009.

Autre mesure restrictive : la limitation du crédit bancaire aux particuliers aux seuls prêts immobiliers. Une catastrophe pour les concessionnaires automobiles. Le marché algérien du véhicule de tourisme – dont le parc s’est accru de 2 millions en moins de dix ans – représente près de 250 000 unités par an. « Le montant annuel de la facture s’élève à 3,5 milliards de dollars, explique le ministre des Finances, Karim Djoudi, soit près de 10 % de nos importations. »

Applaudies par la quasi-totalité de la classe politique, ces mesures déclenchent, en Algérie, la colère des barons de l’économie informelle et, à l’étranger, la désapprobation de capitales occidentales. Celles qui ont dépêché des émissaires à Alger se sont vu répliquer que, le pays étant souverain, personne ne pouvait lui dicter ses lois. Et quand le Fonds monétaire international tente une recommandation, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, rappelle que « l’Algérie n’est plus sous ajustement structurel, elle n’a plus d’oukase à recevoir. » Ni les pressions internes ni les menaces de retrait de grands groupes étrangers opérant en Algérie ne sont parvenues à émouvoir les autorités, qui excluent toute marche arrière.

La LFC de 2009 n’a pas tardé à produire ses premiers effets : une réduction de 2 milliards de dollars sur la facture globale des importations (37 milliards de dollars en 2009, contre 39 milliards pour l’exercice précédent), une baisse de plus de 20 % du marché de l’automobile, ainsi qu’une rationalisation de l’utilisation de l’argent du pétrole, avec la réorientation du crédit à la consommation vers le financement des PME et de la production locale. Reste à savoir si, dans les différents secteurs, l’outil de production national saura s’organiser, en quantité comme en qualité, pour répondre à la demande du marché.

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