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Économie

Cameroun : les banques publiques créent la controverse

Protais Ayangma Amang est le président du mouvement des Entreprises du Cameroun © DR

Appréhensions du secteur privé en matière de gouvernance, réserves des bailleurs de fonds... La création de banques destinées au financement des PME et de l'agriculture soulève des réticences.

Le décret présidentiel nommant les dirigeants de la Banque camerounaise des petites et moyennes entreprises (BC-PME) est déjà signé, assure une source proche de la présidence. Mais sa publication attend le feu vert de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). Le régulateur vient de réclamer des « informations supplémentaires » aux autorités camerounaises, informations dont il se garde bien d’indiquer la teneur. Quant au dossier de la Cameroon Rural Financial Corporation (Carfic), la banque publique agricole en gestation, il vient tout juste d’atterrir sur son bureau.

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Le capital des deux institutions – de 10 milliards de F CFA chacune, soit 15,25 millions d’euros – a été entièrement libéré, d’après Alamine Ousmane Mey, le ministre des Finances. Et la BC-PME a tenu le 21 mars son assemblée générale, suivie d’un conseil d’administration, entre autres pour adopter les statuts et sélectionner les candidats aux principaux postes. Ce qui ne manque pas de susciter des appréhensions. Certes, le mouvement patronal Entreprises du Cameroun (E.Cam), consulté, a proposé trois noms, dont l’un pourrait être retenu au sein du conseil d’administration. « Mais nous n’avons pas été associés à ce qui nous paraît le plus important : la définition de la politique de la banque, son modèle organisationnel, ses organes de gouvernance, les profils souhaités », souligne son président, Protais Ayangma Amang.

Crédits politiques

Le processus de désignation des dirigeants est loin de rassurer. « Notre crainte est que cet outil extrêmement important soit confié à des mains inexpertes ou inexpérimentées, poursuit Protais Ayangma. Nous regrettons par exemple que le conseil d’administration ne compte qu’un seul membre issu du secteur privé ! Tous les autres sont des fonctionnaires représentant leur administration. » En filigrane, la peur de voir resurgir les « crédits politiques », basés sur des considérations autres que financières, qui ont conduit à la faillite le Crédit agricole du Cameroun ou encore le Fonds de garantie des petites et moyennes entreprises (Fogape). Pour l’étude des dossiers de crédit, Mathieu Mandeng, président de l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (Apeccam), plaide pour une alliance entre des spécialistes des domaines d’intervention de ces établissements et des banquiers de métier. À cela, poursuit-il, doivent s’ajouter les ingrédients de bonne gouvernance arrêtés notamment par le régulateur.

Diagsnostic du FMI

Au terme de sa mission au Cameroun, du 29 avril au 14 mai, le Fonds monétaire international (FMI) a souligné que le secteur financier du pays était « handicapé par un certain nombre de petites banques qui devraient faire l’objet sans délai d’une procédure de règlement ». Il a encouragé les autorités à prendre rapidement des mesures, en coopération avec la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), afin de « protéger les déposants tout en limitant le coût budgétaire de ces mesures ». De leur côté, les autorités sont encouragées à accélérer les réformes pour améliorer le climat du crédit. Principal signal positif : la nouvelle base de données pour l’évaluation de la solvabilité, qui devrait être mise à disposition des banques et établissements de microfinance en juin.

De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) émet des réserves, mettant les autorités en garde contre « la création d’institutions financières spécialisées car, par définition, elles font intervenir des portefeuilles de prêts sectoriels vulnérables et peu diversifiés ». Une inquiétude que ne partagent pas les milieux d’affaires. « Le FMI est, comme souvent, opposé à toute initiative qui n’entre pas dans ses schémas classiques, proteste Protais Ayangma. La création de ces banques s’est imposée comme une nécessité absolue devant le refus ou l’incapacité du secteur bancaire classique de financer ces secteurs vitaux de notre économie. » Un soutien inespéré pour le gouvernement.

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