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Cet article est issu du dossier «Algérie : Bouteflika III, acte I»

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Culture

Tlemcen, la Grenade africaine

La Grande Mosquée de Tlemcen a été édifiée au XIIe siècle sous le règne des Almoravides. © Frédéric Soreau/AFP

Après Alexandrie, Alep, Fès et Kairouan, la cité des Zianides, qui rayonna sur le Maghreb central pendant plusieurs siècles, sera la capitale arabe de la culture islamique en 2011.

Édifié légèrement à l’écart du centre-ville, l’hôtel des Zianides, conçu par le célèbre architecte français Fernand Pouillon dans les années 1970, est le principal établissement hôtelier de Tlemcen. Pour le voyageur qui l’ignorerait, il tient son nom de la dynastie qui régna sur cette cité de l’Ouest algérien du XIIIe au XVIe siècle et lui assura un rayonnement politique et culturel exceptionnel. À son apogée, Tlemcen contrôlait un territoire s’étendant du Maroc oriental aux confins de la Tunisie actuelle.

La ville, qui compte aujourd’hui 150 000 habitants, bénéficie d’une position géographique remarquable. Nichée dans un écrin de verdure à 800 m d’altitude, elle reçoit des pluies abondantes, qui font de sa région le château d’eau de l’Oranie. Elle est aussi un lieu de passage entre le Maroc et l’Algérie et entre le Sahara et la Méditerranée.

Ce qui n’échappe pas aux Romains : ils y fondent un poste militaire, qu’ils baptisent Pomaria (« les vergers »). La ville connaît un essor rapide, devenant le siège d’un diocèse catholique. Entre la fin de l’époque romaine, en 430, et la conquête arabe, en 675, elle tombe toutefois dans l’oubli.

Avec l’arrivée de l’islam, la cité, qui a pris entre-temps le nom berbère d’Agadir (« le rocher »), connaît le renouveau, en particulier sous la dynastie des Idrissides de Fès (790-931), qui l’ouvrent à la culture de l’Andalousie. En 1079, elle tombe sous la coupe des Almoravides, qui fondent Tagrart, à l’ouest du site initial d’Agadir.

La réunion des deux entités donnera naissance à Tlemcen. C’est à cette époque qu’est construite la Grande Mosquée, qui fait aujourd’hui encore la fierté de la cité.

Perle de terre et de mer

L’expansion de la ville se poursuit sous les Almohades, à partir de 1143. Mais il faudra encore attendre l’arrivée d’Yghomracen Ibn Zyan, fondateur de la dynastie zianide, en 1235, pour que Tlemcen connaisse la splendeur. La Grande Mosquée est agrandie et embellie. Dans le vaste quadrilatère fortifié du Méchouar, centre du pouvoir, de nombreux palais sont édifiés. El-Eubbad, la colline où repose Sidi Boumédiène, le saint protecteur de la ville, se couvre de splendides mosquées.

La ville, peuplée alors de plus de 100 000 habitants, possède cinq médersas renommées. Elle attire théologiens et savants de l’ensemble du monde musulman. Parmi eux, le célèbre Ibn Khaldoun. Les titres les plus flatteurs sont attribués à Tlemcen : « Perle du Maghreb », « Grenade africaine », « Médine de l’Occident ». La prospérité du royaume zianide ne manque pas d’attiser les convoitises. À la fin du XIIIe siècle, le sultan mérinide de Fès entreprend le siège de Tlemcen et fait construire à ses portes une véritable ville, Mansourah (« la victorieuse »), pour y loger son armée et son administration. Les ruines de cette cité fantôme, dont une partie des murailles se dresse au milieu des champs et des vergers, sont l’une des curiosités de la ville.

Lorsque la dynastie zianide s’effondre, au milieu du XVIe siècle, Tlemcen est rattachée à la régence d’Alger et devient une ville algérienne parmi d’autres. Mais, de son passé glorieux, elle a hérité un ensemble d’édifices à nul autre pareil et peut se targuer de posséder 70 % du patrimoine islamique de tout le pays.

Haut lieu de la culture musulmane, Tlemcen est aussi une ville de pèlerinage pour les juifs, qui viennent se recueillir sur la tombe de Rabbi Ephraïm Enkaoua. Arrivé d’Espagne en 1391, ce dernier joua un rôle déterminant pour la promotion de l’importante communauté israélite de la cité.

C’est forte de cet héritage que la ville de Tlemcen se prépare à vivre l’année 2011 dans ses habits de capitale arabe de la culture islamique. 

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