Politique

Rajoelina à quitte ou double

Mis à jour le 19 mai 2010 à 16:40

À la surprise générale, le président de la transition a annoncé, le 12 mai, qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle prévue le 26 novembre. Cela suffira-t-il pour sortir de la crise ?

Même les plus proches de ses ministres n’avaient pas été mis dans la confidence. « Je l’ai vu une demi-heure avant, et il ne m’a rien dit. Il m’a juste annoncé qu’il allait faire une grande déclaration à la télé », raconte Augustin Andriamananoro, ministre des Télécommunications du gouvernement de transition et compagnon de la première heure d’Andry Rajoelina.

Le 12 mai, l’homme fort de Tana a surpris son monde en annonçant en direct à la télévision nationale qu’il ne serait pas candidat à la prochaine élection présidentielle, prévue le 26 novembre.

« Je me sacrifie pour ne pas sacrifier les Malgaches », a-t-il déclaré sur un ton empreint de solennité. Rappelant que « nous ne sommes que de passage ici-bas », il s’est réapproprié l’esprit du 13 mai, quand ses partisans se réunissaient sur la place du même nom, au début de 2009, mus par un désir de changement. « Cette décision, je l’ai prise pour pouvoir mener à terme la transition de manière objective et désintéressée, afin de poursuivre un combat qui n’est pas celui dont on donne le triste spectacle depuis plusieurs mois », a-t-il lancé. Le lendemain, sur RFI, Rajoelina parlait d’une « promesse définitive » sur laquelle il ne reviendrait pas.

Officiellement, l’objectif de cette décision que ses proches qualifient d’« historique » – « c’est la première fois dans l’histoire du pays qu’un dirigeant accepte de quitter le pouvoir de lui-même », dit l’un de ses collaborateurs – est de mettre fin à la crise politique. L’équipe Rajoelina-Vital (son Premier ministre, qui a toujours dit qu’il ne se présenterait pas), débarrassée de toute ambition électorale, serait la « mieux placée » pour organiser les prochains scrutins avec neutralité et mettre en œuvre la « feuille de route » que le président a présentée ce même 12 mai : un « dialogue national » du 27 au 29 mai, auquel sont invitées toutes les forces vives du pays (partis politiques, Églises, représentants des régions…) et qui devra aboutir à un projet de Constitution ; un référendum constitutionnel le 12 août ; des élections législatives le 30 septembre ; et, enfin, la présidentielle du 26 novembre, censée mettre un terme à la période de transition. En attendant, un gouvernement « technique », d’où seront exclus ceux qui souhaitent se présenter aux législatives, devrait être dévoilé prochainement.

À vrai dire, Rajoelina n’avait pas le choix. Son plan A (les négociations de Pretoria) ayant échoué, il est hors de question pour lui de participer à une énième rencontre avec les trois autres mouvances – « il n’y aura pas de Pretoria II », a assuré Camille Vital, le 13 mai.

Son plan B (un gouvernement de salut public, principalement constitué de ministres issus de l’armée) n’a pas abouti, faute d’accord avec des officiers trop divisés. Restait le plan C : organiser des élections au plus vite, lancer un message à la communauté internationale et ne pas déplaire à l’armée, qui menace, depuis le 12 avril, de prendre les choses en main. Rajoelina a dû se résoudre à satisfaire l’une des conditions imposées par les officiers : ne pas se présenter.

Retournement de situation

Depuis son intervention télévisée, l’entourage de l’ancien maire de Tana ne tarit pas d’éloges sur le « courage » et la « maturité » du jeune homme (35 ans) et établit un parallèle avec la récente décision d’Amadou Toumani Touré de quitter la présidence du Mali. « Il en sort grandi », s’exclame Andriamananoro. « Les Malgaches s’en souviendront lorsqu’il se présentera, peut-être dans cinq ans », juge un membre de la Haute Autorité de la transition (HAT). Même s’ils sont déçus – déboussolés pour certains –, ses partisans veulent croire à un retournement de situation. « Avec Ravalomanana, il était perçu comme le point de blocage. Aujourd’hui, il a renversé la tendance », juge l’un d’eux. « Si on se réfère au cas de la Guinée, nous devrions obtenir une reconnaissance internationale », estime de son côté Roland Ratsiraka, vice-président de la HAT.

C’est aussi l’avis du gouvernement français, dont le soutien de plus en plus prononcé en faveur de Rajoelina exaspère l’opposition. Quelques heures après son allocution télévisée, Alain Joyandet, le secrétaire d’État à la Coopération, affichait un soutien sans faille : « L’annonce faite ce soir […] témoigne de son sens des responsabilités. [Rajoelina] place ainsi l’intérêt de son pays au-dessus de toute autre considération. […] Ces décisions placent Madagascar sur la voie du retour à l’ordre constitutionnel et donc du soutien de la communauté internationale. »

« Promesses en l’air »

Paris, qui militait depuis quelque temps en faveur d’une « initiative forte » comme celle-ci, est cependant isolé. Si l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a également applaudi, l’Afrique du Sud n’a pas souhaité commenter « des décisions prises individuellement par des dirigeants » et en a appelé une nouvelle fois au « retour à l’ordre constitutionnel ».

L’opposition malgache, elle, parle de « promesses en l’air » (Monja Roindefo) ou de « choix anodin » (Fetison Andrianirina). Selon ce dernier – qui est un proche de Marc Ravalomanana –, « aucune des mouvances n’a jamais sollicité la non-participation [de Rajoelina] aux prochaines élections. Ce n’est pas le facteur de blocage ». L’opposition dénonce, en outre, « l’unilatéralisme » du jeune président. « Encore une fois, c’est lui qui fixe seul le calendrier des élections », déplore Fetison. Les trois mouvances ont d’ores et déjà annoncé qu’elles ne participeraient pas au « dialogue national ». Au risque de se voir accusées, à leur tour, d’être responsables du blocage. Dans ce cas, Rajoelina aurait réussi son coup.