Politique

Adieu à Abdelaziz Meziane Belfkih

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Abdelaziz Meziane Belfkih.

Abdelaziz Meziane Belfkih. © Alexandre Dupeyron

Le conseiller du roi du Maroc est décédé le 9 mai, à l’âge de 66 ans.

Royal Air Maroc (RAM) a affrété deux avions. Il n’en fallait pas moins en ce mardi 11 mai pour conduire les dignitaires, le prince Moulay Rachid en tête, à Taourirt, un village de l’Oriental où avaient lieu les funérailles d’Abdelaziz Meziane Belfkih. Le conseiller de Mohammed VI s’était éteint le 9 mai, à 66 ans, des suites d’un cancer.

Il occupait une place à part. On peut dire qu’il aura transformé la physionomie du royaume. Littéralement. Les chantiers, les grands travaux, de Tanger-Med à l’aménagement du Bouregreg, c’était lui. Lauréat des Ponts et Chaussées, il s’était évertué à mobiliser les meilleurs cerveaux souvent sollicités par les grandes multinationales. Pour bâtir le nouveau Maroc. Sur les quelque trois cents ingénieurs « Ponts » dénombrés, les trois quarts ont répondu à l’appel. On les trouve partout, dans la haute administration, les offices publics, les agences de développement, sans oublier le gouvernement.

C’est également à lui qu’on doit le « Rapport du cinquantenaire ». Au début de son règne, Mohammed VI lui avait confié la responsabilité d’établir sans complaisance un état des lieux après un demi-siècle d’indépendance. Objectif : prendre conscience de ce qui a été réalisé et surtout de ce qu’il reste à faire. Le conseiller s’était entouré d’experts dans les différents domaines. Ils ont travaillé en toute indépendance pour produire des documents de référence­. Même exigence de rigueur quand il avait présidé auparavant la grande commission pour la réforme de l’éducation.

Il forçait le respect de tous par ses vertus. Travailleur, perfectionniste, il remettait toujours l’ouvrage sur le métier, confie un de ses amis. Autre trait distinctif : il n’avait pas d’ennemis. Une prouesse au vu de l’espace où il officiait et de l’étendue de ses responsabilités. Il faut dire qu’il ignorait intrigues et coteries. Avec une naïveté feinte, il expliquait qu’un dossier bien ficelé finit toujours par aboutir et qu’on n’avait pas besoin de manœuvrer pour le « pousser ». L’honnêteté paie, et puis « il y a la bénédiction des parents… »

C’est Hassan II qui avait découvert Abdelaziz Meziane Belfkih, lequel a commencé sa carrière au ministère des Travaux publics. Au lendemain de la Marche verte, en 1975, il l’avait chargé de la coordination des travaux d’infrastructures au Sahara. Il lui confiera plusieurs départements ministériels, dont l’Agriculture. Avant de l’appeler auprès de lui au cabinet royal. En montant sur le trône, Mohammed VI l’a trouvé dans l’héritage. À plusieurs reprises, il a été question de le renvoyer au gouvernement : à l’Intérieur ou en tant que Premier ministre. Mais le roi a finalement préféré le garder à ses côtés sans jamais manquer de lui manifester égards et considération.

Comment expliquer le statut exceptionnel, sinon unique, dont a bénéficié Abdelaziz Meziane Belfkih ? « À l’évidence, il connaissait les arcanes du sérail, répond la politologue Mohamed Tozy, mais il se tenait à l’écart. L’homme d’État prenait constamment chez lui le pas sur l’homme de cour. » Il multipliait les signes de sa singularité. Il occupait rarement ses bureaux au palais et préférait travailler dans des locaux à Hay Ryad, qu’il avait utilisés dans des fonctions antérieures et qui étaient plus accessibles. Le choix d’être enterré dans son village natal – et non dans le cimetière des Martyrs, à Rabat – n’est pas banal. Une manière pour l’homme d’État de rester un homme du peuple. Seul Driss Benzekri, le prisonnier politique qui avait animé l’Instance équité et réconciliation (IER), décédé en 2007, avait fait le même choix.

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