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Les Chinois carburent… en douceur

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Mis à jour le 27 mai 2010 à 13:47

« Dans cinq ans, trois raffineries chinoises seront en mesure de traiter 900 000 barils de pétrole brut par jour », a révélé, le 18 mai, Emmanuel Egbogah, conseiller spécial du président nigérian sur les questions pétrolières, à notre confrère Tom Burgis, correspondant à Lagos du Financial Times. Mais le chemin que les futurs investisseurs chinois doivent parcourir est encore long, et semé d’embûches. En effet, le « deal » ne repose pour le moment que sur un accord de principe (Memorandum of Understanding) signé, le 13 mai, entre l’État nigérian et la China State Construction Engineering Corporation Ltd (CSCEC). Reprenant des propositions anciennes qui n’ont pu être concrétisées, la CSCEC promet – ce qui est nouveau – de financer la totalité du projet et d’ajouter aux trois raffineries une usine pétrochimique, destinée à la transformation des dérivés du pétrole.

L’ensemble coûterait quelque 23 milliards de dollars, dont l’essentiel serait apporté par Eximbank of China. Argument de poids avancé par les Chinois : ce programme permettrait au Nigeria de ne plus importer de carburants et d’exporter ses excédents vers les pays africains.

Trois des quatre raffineries nationales sont aujourd’hui fermées. La quatrième tourne à 50 % de sa capacité, en produisant environ 50 000 barils par jour, soit 15 % de la consommation du pays. Gangrené par la fraude et la corruption, le secteur est en panne. Et, jusqu’à présent, toutes les velléités de remettre en marche ces raffineries complètement obsolètes ont été systématiquement court-circuitées par le lobby des importateurs. En ira-t-il de même pour le nouveau projet ? « Nous en sommes au début du processus. L’offre chinoise est sérieuse », souligne Emmanuel Egbogah. Mais les sceptiques sont nombreux. Car la rentabilité des raffineries ne pourra être assurée que si le prix de l’essence est ajusté à la hausse. Un sujet délicat, dans un pays où les tensions politiques et sociales sont vives.

Rivaux de Shell, Total, Eni…

En attendant, les Chinois continuent d’avancer leurs pions sur l’échiquier du premier État producteur du continent (2 millions de barils de pétrole brut par jour) et deuxième détenteur de réserves (37 milliards de barils), derrière la Libye. Ainsi, en rachetant la compagnie canadienne Addax Petroleum en août 2009, Sinopec a acquis plusieurs permis d’exploration et de production pétrolières au Nigeria. Et deux mois après cette entrée en douceur, un autre acteur chinois, la Chinese National Offshore Oil Corporation (Cnooc), a fait une proposition sur laquelle le gouvernement nigérian n’a, selon Egbogah, pas encore statué. Elle est on ne peut plus tentante, puisque la Cnooc se dit prête à débourser jusqu’à 50 milliards de dollars pour acquérir des parts détenues par l’État dans vingt-trois permis exploités par des compagnies européennes et américaines (Royal Dutch Shell, Total, Eni/Agip, ExxonMobil, Chevron). Son objectif : posséder in fine 6 milliards de barils de pétrole et pénétrer – comme un cheval de Troie – dans le fief de ces « vieilles » firmes occidentales présentes au Nigeria depuis cinquante ans et dont les programmes d’investissements dans la recherche et le développement sont, aux yeux des Chinois, bien timorés. Au moment où ces compagnies négocient le renouvellement de leurs concessions, la rivalité pour l’or noir nigérian promet d’être aussi passionnante que périlleuse.