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Cet article est issu du dossier «France-Afrique, les nouveaux réseaux»

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Diplomatie

Les grands commis

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Contrairement aux idées reçues, l’Élysée ne fait pas tout. Exemple : la réconciliation franco-rwandaise. À son arrivée au Quai, en juin 2007, Bernard Kouchner confie ce casse-tête à une task force où figurent sa conseillère Afrique, Charlotte Montel, la trentaine dynamique, sa conseillère juridique, Sylvie Pantz, et un quadra faussement nonchalant, Laurent Contini. Au bout d’un an de remue-méninges, ils trouvent la solution. Si l’un des neuf inculpés rwandais se livre à la justice française, Kigali aura accès au dossier de l’attentat contre Habyarimana et pourra retarder la procédure à loisir. Le coup marche. Les relations diplomatiques sont rétablies et le nouvel ambassadeur de France à Kigali s’appelle… Laurent Contini.

Pour exister face à l’Élysée, le Quai ne se contente pas de faire des coups. Jour après jour, il laboure le terrain. Chef des labours : Stéphane Gompertz, directeur Afrique et vieux briscard. Tous les matins, il digère les dizaines de TD (télégrammes diplomatiques) que lui envoient ses ambassades et produit des notes de synthèse. Certains TD sont plus lus que d’autres. Notamment ceux des ambassadeurs de poids, comme Bruno Joubert à Rabat, Jean-Marc Simon à Abidjan, Jean-Didier Roisin à Libreville, Jean-Christophe Belliard à Addis-Abeba ou Jean-Marc Châtaigner à Antananarivo. Et bien sûr les TD « littéraires » de l’académicien Jean-Christophe Rufin, qui achève un séjour de trois ans à Dakar.

Moins connue, Sylvie Bermann joue un rôle pivot au Quai. C’est elle qui gère les Français de l’ONU et de l’UE, notamment le chef des opérations de maintien de la paix, Alain Leroy, et l’ambassadeur à New York, Gérard Araud. Autre personnage clé aux Affaires étrangères : Georges Serre. L’ancien conseiller Afrique d’Hubert Védrine supervise aujourd’hui l’aide au développement. Tous les jeudis après-midi, il accompagne Montel, Gompertz et Bermann à l’Élysée pour assister à la réunion Afrique autour d’André Parant.

À la Défense, le chef d’état-major des armées, l’amiral Édouard Guillaud, est l’homme incontournable. Certes, il n’a pas de passé africain, mais cet ancien chef d’état-major particulier de Nicolas Sarkozy a toute la confiance du chef de l’État. À la réunion du jeudi à l’Élysée, il délègue le colonel Jean-Jacques Toutous, un marsouin (troupes de marine) qui a crapahuté sur le continent. Toutous y retrouve le colonel Benoît Houssay, un chasseur alpin affecté au cabinet du ministre de la Défense, Hervé Morin.

Autre homme influent, le général Emmanuel Beth. Cet ancien patron de la force Licorne en Côte d’Ivoire supervise toute la coopération militaire (détachement d’instructeurs, accueil d’élèves officiers en France, etc.). Depuis deux ans, depuis le discours de Nicolas Sarkozy au Cap, il faut compter aussi avec les deux grands commis de l’État qui renégocient les accords de défense entre la France et ses ex-colonies. Côte à côte, François-Xavier Deniau et le général Benoît Puga, un diplomate et un officier… aux états de service longs comme le bras. En 1978, le légionnaire Puga a sauté sur Kolwezi, au Zaïre. Puis, après avoir fait le coup de feu en Centrafrique et au Tchad, il a dirigé le Commandement des opérations spéciales (COS) et la Direction des renseignements militaires (DRM). Aujourd’hui, il est chef d’état-major particulier du président de la République. Bref, c’est le « baroudeur africain » de Nicolas Sarkozy.

La lutte contre Al-Qaïda est confiée à Bernard Bajolet. L’homme connaît bien la question du terrorisme. Avant de coordonner les services de renseignements à l’Élysée, il a été ambassadeur à Bagdad, puis à Alger. Erard Corbin de Mangoux, le patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), a moins d’expérience de terrain, mais il apprend vite. Depuis dix-huit mois, il a fait quelques voyages discrets en Afrique du Nord et au Sahel, notamment pour faire libérer plusieurs otages français. Et il a noué un contact privilégié avec quelques hommes d’État, comme le président mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz.

Quant à la politique économique, elle est suivie par deux membres du cabinet de Christine Lagarde, Christophe Bonnard et Jean-René Cougard, en liaison permanente avec Ambroise Fayolle, le représentant de la France au FMI et à la Banque mondiale. La zone franc, elle, est jalousement gardée par la direction du Trésor, c’est-à-dire par Ramon Fernandez – le fils de l’écrivain Dominique Fernandez –, Rémy Rioux et Thomas Groh, le chef du bureau Afrique subsaharienne à Bercy. Personnages de l’ombre ? Sans doute. Mais avec Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, ce sont eux qui gèrent le compte d’opération de la zone franc et supervisent les activités de l’Agence française de développement, dont le tout nouveau directeur général, Dov Zerah, a été personnellement choisi par… Nicolas Sarkozy. Loin des projecteurs, ils exercent le vrai pouvoir.

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