Société

Le calvaire des Subsahariennes

En plus des obstacles auxquels elles doivent faire face, comme leurs homologues masculins, de nombreuses migrantes se font violer lors de leur passage entre l’Algérie et le Maroc.

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Mis à jour le 23 mai 2010 à 13:36

Une femme violée prise en charge par une infirmière, à Goma (RD Congo). © AFP

Violences, chantage, confiscation des papiers d’identité : le calvaire des migrants est régulièrement dénoncé par les ONG comme par la presse. Mais c’est sur un autre type de violences que l’association Médecins sans frontières (MSF) Maroc s’est penchée en publiant un rapport sur le viol des migrantes subsahariennes qui tentent de gagner l’Europe via le Maroc.

Entre mai 2009 et janvier 2010, un tiers des femmes prises en charge par MSF à Rabat et à Casablanca – originaires pour la plupart de la RD Congo, du Nigeria, du Cameroun, du Congo-Brazzaville, de la Côte d’Ivoire et de la Centrafrique – ont admis avoir subi des violences sexuelles, dans leur pays, durant le trajet ou au Maroc. Sur un échantillon de 63 victimes ayant accepté de témoigner, un tiers dit avoir subi des violences ou des abus sexuels au Maroc. Les récits dessinent aussi une zone noire : la région frontalière entre Maghnia (Algérie) et Oujda (Maroc), où 59 % d’entre elles ont subi des violences. Sur tous les cas recensés par MSF, une seule femme a osé porter plainte. Le violeur a été acquitté…

Les migrantes sont vulnérables du fait de leur statut irrégulier, de leur isolement, mais aussi souvent de leur âge. Sur les 63 femmes violées ayant accepté de témoigner, 21,5 % sont mineures et 23 % sont tombées enceintes à la suite de ces violences sexuelles. MSF met en cause une prise en charge insuffisante des victimes au Maroc, mais aussi les politiques européennes de plus en plus restrictives en matière d’immigration, qui conduisent à des trajets plus longs et plus risqués. MSF souligne aussi que les femmes ne sont pas les seules victimes. Des hommes ont aussi révélé avoir été sexuellement agressés. Une atteinte qui, plus souvent encore que chez les femmes, reste inavouée et impunie.