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Cet article est issu du dossier «Banques : après la crise»

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Finance

La terre attire les financiers

Priorité sera donnée aux activités de production. © AFP

Destiné au secteur privé, le Fonds pour l’agriculture africaine sera lancé en juillet avec plus de 100 millions d’euros apportés par une multitude d’acteurs de la finance.

Plus d’un an de négociations et de préparation. Un délai nécessaire pour innover et élaborer une sorte de fonds souverain dédié à 100 % au développement de l’agriculture et de l’agrobusiness africains. Le 15 avril 2009, Donald ­Kaberuka, le président de la Banque africaine de développement (BAD), et Alain Joyandet, le secrétaire d’État à la Coopération et à la Francophonie de Nicolas Sarkozy, annonçaient la naissance de ce qui devait s’appeler le Fonds d’investissement pour l’agriculture en Afrique (FIAA). Un pas décisif vient d’être franchi le 19 mai, lors du conseil d’administration de la BAD, qui a décidé de débloquer 40 millions de dollars (32 millions d’euros) pour alimenter ce qui sera rebaptisé le Fonds pour l’agriculture africaine (FAA).

Illustration du regain d’intérêt des bailleurs de fonds pour une activité largement délaissée au cours des vingt dernières années, « des institutions qui n’avaient jamais travaillé ensemble sont réunies pour la première fois dans un même instrument d’investissement panafricain qui s’adresse au secteur privé de toute la filière agricole », se félicite Gilles ­Peltier, conseiller du directeur général de l’Agence française de développement (AFD).

Le tour de table devrait être finalisé avant la fin de juillet, et réunir entre 120 et 130 millions de dollars. Mêlant des acteurs publics et privés de la ­finance, l’AFD et Proparco ont déjà débloqué 40 millions de dollars. De leur côté, les banques de développement régional du continent – la BOAD, la BDIC, la DBSA – ont mobilisé 5 millions de dollars chacune. Le Fonds international de développement agricole (Fida) apporte 15 millions de dollars de l’Union européenne, et l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (Agra) de Kofi Annan débloque plus d’une centaine de milliers de dollars, alors que des investisseurs privés (fonds d’investissement, banques, etc.) déboursent 12 millions de dollars.

La Société financière internationale (SFI, institution de la Banque mondiale) entrera prochainement dans le fonds à hauteur de 25 à 30 millions de dollars. Des agences de développement européennes, des investisseurs privés (le ticket d’entrée est de 3 millions de dollars), notamment des banques maghrébines et subsahariennes, sont intéressés. Les fondations Gates et Rockefeller, très proches d’Agra, ont été sollicitées. Dans les premiers mois de 2011, le FAA devrait être à la tête de 300 millions de dollars.

Un maillage efficace

Les premières entreprises profiteront, à travers des apports en fonds propres, de cette nouvelle manne dès la fin de juillet 2010. Le quart des fonds sera attribué au financement de projets dans la production agricole (céréales notamment). Une équipe spécialisée, emmenée par des experts du Fida, répartira 20 % des ressources réservées aux PME et aux groupements coopératifs, pour des montants allant de 150 000 à 4 millions de dollars. Pour les grandes entreprises, l’enveloppe moyenne se situera entre 10 et 15 millions de dollars. Une soixantaine de projets (élevage, production d’engrais, nutrition animale, etc.), également répartis entre les PME et les groupes, sont dans les tuyaux. Le fonds restera en moyenne sept ans dans les entreprises. Les projets liés à l’export sont proscrits. « La priorité du fonds est d’améliorer la sécurité alimentaire du continent », souligne Gilles Peltier. Le FAA se refuse aussi à financer l’achat de terres, ce qui a fait fuir les investisseurs du Golfe, qui avaient fait connaître leur intérêt dans un premier temps.

Comme dans un fonds privé, un conseil de surveillance, regroupant les principaux promoteurs du FAA, veille au respect de la stratégie globale et à la performance d’ensemble (un taux de rendement de 6 % au départ), tandis que des gestionnaires de fonds sélectionnent les projets. La société sud-africaine Phatisa a déjà été choisie après un appel d’offres international. Elle constituera un consortium avec d’autres gestionnaires de fonds en phase d’identification pour assurer un maillage efficace du continent, notamment au Maghreb et en Afrique de l’Ouest.

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