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Malabo maintient le cap

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Économie

Lucas Abaga Nchama, patron de choc

Mis à jour le 10 juin 2010 à 12:20

Sa mission : réorganiser l’institution. Son credo : confiance, transparence et sérénité. Signe distinctif : n’est pas gabonais. Quatre mois après sa nomination, le nouveau gouverneur de la Beac est déjà passé à l’action.

Il s’est rendu au sommet de Bangui, les 16 et 17 janvier dernier, la conscience tranquille mais la peur au ventre. Avec le dossier du scandale des détournements opérés au sein de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) ouvert sur la table des chefs d’État réunis en conférence extraordinaire dans la capitale centrafricaine, la quasi-totalité des membres du « gouvernement » de la banque avait la tête sur le billot. Comment, alors, ne pas envisager que quelques innocents tombent sous le couperet de chefs d’État en colère ? À 48 ans et avec toute sa carrière devant lui, Lucas Abaga Nchama, directeur de l’exploitation de la Beac, se fait une frayeur… Jusqu’à ce que, divine surprise, on lui annonce au cours du huis clos que le président de son pays, Teodoro Obiang Nguema, a l’intention de le proposer au poste de gouverneur. Il sera nommé, le 17 janvier, pour un mandat de sept ans.

Un pur produit de l’intégration régionale

Depuis lors, ce banquier convivial et tout en rondeurs essaie de prendre la mesure de sa fonction dans le vaste bureau qui lui est réservé, au quatorzième­ étage, dans l’aile droite du siège de l’institution communautaire, à Yaoundé. Sur sa table, une cafetière est coincée au milieu d’une pile de dossiers. Arrivé au bureau à 8 h 30 en ce matin du 3 mai, le gouverneur a enchaîné les rendez-vous et, jusqu’au milieu de l’après-midi, n’a pas eu le temps de déjeuner. Dans la salle d’attente, un commissaire aux comptes attend d’être reçu. Il y a des chances qu’Abaga Nchama rentre chez lui tard ce soir, n’ayant pris que du café pour tout repas, après avoir consacré une autre journée à réformer et apaiser pour restaurer la crédibilité d’une institution ébranlée par les scandales.

Le nouveau gouverneur ne fait que montrer l’exemple puisque, depuis le 5 avril dernier, il a instauré la journée continue. Histoire que les agents « retrouvent leur motivation au travail » pour améliorer la productivité et s’adapter à l’environnement camerounais, qui pratique un temps de travail journalier de huit heures, avec une courte pause à midi.

D’un commerce agréable, cet Équato-Guinéen – donc hispanophone – parle un français parfait, avec une pointe d’accent camerounais. Cela ne le gêne en rien, lui qui s’inscrit au-dessus des clivages nationalistes. « Je suis né à Ebebiyin [province du Kié-Ntem, dans le nord-est de la Guinée équatoriale, NDLR], une ville carrefour entre le Gabon, le Cameroun et la Guinée équatoriale, tonne-t-il fièrement. Je suis donc un pur produit de l’intégration régionale. »

Travail de secouriste

Formé en France à l’université Jean-Monnet de Saint-Étienne, puis à l’université de Lyon-II, celui qui se définit comme « simple exécutant des décisions des chefs d’État » n’en semble pas moins résolu à incarner la rupture pendant son mandat. À l’inverse de ses prédécesseurs, il a constitué un cabinet restreint de cinq membres de nationalités différentes, et le traditionnel contingent de « conseillers du gouverneur » a été congédié. Abaga Nchama, qui veut être le héraut de la transparence, travaille au renforcement des mécanismes de contrôle interne.

Sur le front judiciaire, son principal souci est d’obtenir de la banque française Société générale la réparation du préjudice causé par la perte financière due au placement toxique vendu à l’ancien patron de la banque (voir p. 69). Une bataille d’autant plus décisive que la banque s’apprête à boucler un exercice déficitaire. Il le sait, son travail de pompier-secouriste requiert courage, perspicacité et endurance. Pour l’instant, il s’en tire plutôt bien.