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Malabo maintient le cap

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Malabo maintient le cap

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Mis à jour le 11 juin 2010 à 16:22

Pour accéder au statut de pays émergent, l’État investit à tour de bras. Aéroports, routes, hôpitaux, écoles, logements… Revue de détail des principaux projets.

Environ 37 % des investissements publics réalisés au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) sont le fait de la Guinée équatoriale. Rien qu’en 2009, « le pays a engagé quelque 2 000 milliards de F CFA, soit environ 3 milliards d’euros, dans la réalisation d’infrastructures économiques et sociales de base, explique Marcelino Oyono Ntutumu, ministre des Travaux publics et des Infrastructures. Et pour 2010, ce sont 2 400 milliards de F CFA qui seront mobilisés. »

Bien évidemment, l’accueil du sommet de l’Union africaine (UA) en 2011 et de la 28e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2012 – dont le chantier phare, Sipopo, fait l’objet de toutes les attentions des pouvoirs publics équato-guinéens – concourt à accélérer la construction et la rénovation des infrastructures hôtelières, sportives et sanitaires nécessaires au bon déroulement des deux événements.

Après le pétrole…  la part belle aux transports

Parallèlement à ces chantiers, dont la réalisation servira par la suite à la population et aux touristes, le pays poursuit son programme d’équipement, dont l’objectif est d’améliorer les conditions de vie, de travail et d’investissement dans le pays, pour que la Guinée équatoriale accède au statut de pays émergent à l’horizon 2020.

Le document de référence en la matière, le « Plan Guinée équatoriale 20-20 », trace les grandes lignes du développement économique et social futur du pays. Aucun secteur n’est négligé.

L’après-pétrole est déjà en marche, avec la réalisation de ports et d’aéroports qui feront du pays un hub portuaire et aéroportuaire sous-régional. Ainsi, la réalisation du port en eau profonde de Malabo, confiée à la Somagec, se poursuit. De même que la rénovation et l’extension du port de Bata et de ceux, plus petits, d’Annobón, Luba et Cabo San-Juan. Côté aéroports, la construction d’une nouvelle piste de 3 200 m est en cours d’achèvement à Bata. Celle de Mongomeyen (dans l’est) est avancée à 80 % et celle de l’île de Corisco à 50 %. Nouvelle orientation, aussi, pour l’aéroport de l’île Annobón, qui sera doté d’une piste de 1 900 m, dont une partie réalisée sur la mer. Reste à achever les équipements de sécurité et de contrôle aériens et à améliorer les conditions d’accueil et d’enregistrement des visiteurs dans les principaux aéroports du pays.

Les routes ne sont pas en reste. Dans la partie continentale du pays, alors que les connexions entre Bata et les capitales de provinces et de districts se poursuivent, un projet d’autoroute à six voies est à l’œuvre, qui va permettre de relier le grand pôle économique de l’est du pays, Mongomo, via Anisok et Mongomeyen, avec une bretelle allant sur Oyala. Sur l’île de Bioko, la construction d’une route assurant la liaison entre Malabo et Uréka, dans le sud de l’île, est à l’étude.

Outre ceux déjà réalisés, des travaux d’extension ou de construction de réseaux électriques, d’eau potable et d’assainissement ont été lancés à Malabo et à Bata. Les villes d’Evinayong, Ebebiyin et Mongomo, sur le continent, et de Riaba, sur Bioko, de même que les gros villages du pays bénéficieront tous, à moyen terme, des mêmes équipements de base. 

Oyala, naissance d’une ville

Future ville industrielle, universitaire et touristique, également conçue pour canaliser l’exode rural, Oyala, au centre du Rio Muni (Est), est le grand chantier en cours, qui absorbe une grande part des investissements publics actuels et, surtout, à venir.

Parmi les unités industrielles prévues, l’usine de production de préfabriqués du groupe italien Piccini est déjà opérationnelle. Pour que la ville réponde à sa vocation touristique, le même groupe assure d’ailleurs la construction d’un hôtel de 400 chambres. Enfin, la future métropole sera dotée d’une nouvelle université comprenant sept facultés et d’une résidence universitaire, qui permettra d’accueillir des étudiants du pays et de la sous-région, complétant ainsi les sites des universités de Malabo et de Bata.

D’autres infrastructures éducatives – écoles, lycées et collèges techniques – sont en chantier. Parallèlement, le pays développe des programmes de formation des ressources humaines. Déjà, une première promotion de 1 000 enseignants et de 122 médecins est sortie. D’autres suivront.

D’importants investissements sont envisagés dans le domaine de l’agriculture et de la pêche, secteur à fort potentiel de développement pour le pays. La réalisation de pistes rurales, d’équipements de stockage et la création de marchés favoriseraient la conservation et l’écoulement des productions agricoles.

Autre secteur d’investissements clé, celui de l’immobilier (logements, bâtiments et édifices publics). En matière de logements sociaux, « nous avons déjà mis à disposition de la population 4 260 logements [villas et appartements, NDLR], dont certains en partie subventionnés, dans tout le pays, souligne le ministre des Travaux publics et des Infrastructures. D’autres réalisations sont à l’étude et en cours d’évaluation. Il y aura des logements pour toute la population ». Si, en ce domaine, l’État est jusqu’à présent le principal promoteur, il compte toutefois sur l’émergence de sociétés privées pour répondre à la demande de logements, en hausse constante.

Une facture très lourde

En plus de la construction d’édifices pour des institutions sous-régionales, comme le Parlement de la Cemac, récemment inauguré, ou de ministères, dont certains sont déjà fonctionnels, tous les gouvernorats, préfectures et mairies doivent être dotés de bâtiments publics et de résidences.

Enfin, le secteur de l’audiovisuel n’est pas en reste. Au cours de l’année écoulée, le ministère de l’Information a investi massivement dans la modernisation de sa radiotélévision nationale (RTVGE) en confiant au norvégien Nera le développement d’un réseau de diffusion permettant d’assurer une couverture sur l’ensemble du territoire national. La professionnalisation des équipes est aussi à l’ordre du jour. En effet, l’entreprise est également chargée d’équiper et de former les personnels techniques aux différents matériels (car-régies, studio de production…) en prévision, notamment, de la couverture d’événements internationaux comme le sommet de l’UA et la CAN.

Bien évidemment, la facture de tous ces chantiers est lourde. Y a-t-il un risque de tension sur les finances publiques, dans un contexte de baisse des recettes pétrolières et de report de la réalisation du second train de gaz naturel liquéfié (GNL) ? La question a été abordée au cours d’une rencontre, en avril dernier, avec le Fonds monétaire international (FMI), qui a invité le pays à plutôt concentrer ses efforts financiers « sur le social ». Si les entreprises de BTP s’interrogent – elles qui attendent parfois plusieurs mois avant d’être payées (ce qui les oblige à emprunter sur le marché bancaire pour faire face à leurs problèmes de trésorerie) –, Marcelino Oyono Ntutumu, lui, se dit confiant.