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Cet article est issu du dossier «Tunisie : la bio aptitude»

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Nouvelle génération de convertis

| Par Jeune Afrique
Rachid Hamzaoui.

Rachid Hamzaoui. © D.R.

Lorsque la culture biologique a été réglementée, en 1999, seuls quelques agriculteurs ont sauté le pas. Aujourd’hui, ils sont plus nombreux à se lancer dans l’aventure et voient plus grand. Rencontre avec deux exploitants au parcours atypique.

Rachid Hamzaoui : pistaches, amandes… et pépins

Né d’un couple mixte tuniso-hollandais, Rachid Hamzaoui a fait un troisième cycle de droit des affaires à Amsterdam, aux Pays-Bas. De retour en Tunisie, il s’est établi à Thala (Centre-Ouest), le village natal de son père. Dans cette région semi-aride, les terres du patrimoine paternel, une quarantaine d’hectares, n’étaient pas rentables par manque d’eau. « Je me suis dit qu’il y avait quand même un potentiel agricole énorme », explique-t-il. La plupart des terres, vierges de toute exploitation intensive et d’engrais, n’attendaient qu’à être mises en valeur. Pour lui, la solution était dans le bio.

Depuis trois ans, Rachid Hamzaoui cultive les terres de sa Firma Birhena, qu’il a lancée en faisant revivre des pistachiers déjà plantés sur les terres de la famille. Après les amandiers, il veut aussi, désormais, développer la culture de céréales, qu’il compte ensuite transformer sur place pour commercialiser des produits gourmets labellisés. « Il y a un potentiel pour les céréales bios dans toute la région », estime Hamzaoui.

Mais le parcours d’obstacles avant d’y arriver n’est pas des moindres. Le crédit bancaire est bloqué pour des raisons foncières. « Certains prétendent que la quarantaine d’arbres que mon père avait plantés sur son terrain nu pour servir de coupe-vent et lui procurer un peu d’ombre n’étaient pas les siens. Et comme on est dans une région où il n’y a pas de titres bleus [titres de propriétés, NDLR], même si le service des forêts ne les revendique pas, le blocage persiste. » En attendant, Hamzaoui a installé des ruches plus au nord, au cap Bon, où il cultive aussi des agrumes, pour « faire » du miel bio.
 

 Rachid Hamzaoui.

Rachid Hamzaoui.

Tarek Kekli : prêche d’un convaincu

Il avait émigré en Allemagne, où il a passé quinze ans, dont onze à travailler chez l’un des plus gros distributeurs de produits bios. La meilleure des expériences pour Tarek Kekli, qui projetait de rentrer au pays pour se lancer dans l’agriculture biologique, d’autant que son patron d’alors lui assurait : « On peut commercialiser vos produits. » De retour en Tunisie, en 2007, bien qu’il soit parvenu à tout financer sur ses fonds propres, « lancer l’entreprise n’a pas été aussi simple. C’est comme si on venait d’une autre planète », explique le jeune patron de Bio Life. Faute de trouver localement un technicien spécialisé dans l’agriculture bio, il a dû faire appel à ses relations, allemandes et françaises, le temps de dénicher un collaborateur marocain. Autre casse-tête : certains intrants ne sont pas vendus en Tunisie et il faut les importer, avec le lot de tracasseries que cela implique…

Après trois ans d’activité, les choses se sont organisées. Tarek Kekli est en train de former deux ingénieurs tunisiens. Dans son exploitation, à Hammet Gabès (sud-est du pays), il utilise la géothermie pour l’irrigation – car, dans la région, l’eau est rare –, et cultive 11 ha de poivrons, tomates, aubergines et courgettes. Une première en Tunisie : en janvier, il a même exporté des melons « charentais » bio vers la France. Sa connaissance du marché européen est un atout, et ses produits s’y vendent comme des petits pains : « Je ne peux d’ailleurs satisfaire qu’une petite partie de la demande potentielle », dit Tarek. Alors il entre en contact avec de petits producteurs certifiés bio et signe avec eux des contrats d’achat et de culture. Au début de mai, il a ainsi exporté des oranges de qualité maltaise.

À 41 ans, Tarek Kekli est désormais confiant. « Le bio a un avenir en Tunisie, mais il faut le faire par conviction, sinon ce n’est pas la peine. »

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