Culture
Coup de projecteur sur les artistes sud-africains

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Coup de projecteur sur les artistes sud-africains

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Société

Le pardon et la folie

Mis à jour le 19 juin 2010 à 18:51

Deux longs-métrages tout juste sortis en France racontent, sur fond de drame familial, la désillusion des années 1990. Chacun à sa manière.

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Bon an mal an, quelques longs-métrages sud-africains se retrouvent régulièrement sur des écrans hors de leur pays d’origine et nous rappellent que le cinéma du sud du continent est bien vivant. Deux d’entre eux, présentés au dernier Fespaco, viennent ainsi de sotir en France. Forts différents l’un de l’autre ils nous disent, chacun à sa manière, que si l’Afrique du Sud du milieu des années 1990 a connu un bouleversement aussi profond qu’évidemment positif, cette mutation n’a pas fait que des heureux.

Dans Nothing But the Truth, cette déception postapartheid est celle d’un Noir, Sipho. Il se voit refuser sa nomination tant attendue à la tête de la bibliothèque centrale de Port Elizabeth, au moment même où sa nièce rapatrie au pays le corps de son frère, un héros de la lutte antiapartheid décédé à Londres. Un frère avec lequel Sipho avait des comptes à régler, car il avait provoqué, directement ou indirectement, la trahison de sa femme et la mort de son fils. L’histoire prend place alors que se tiennent les audiences de la Commission Vérité et Réconciliation, qui, dans la seconde moitié des années 1990, tenta de résoudre à l’échelle nationale un problème de pardon qui se pose dans le film au niveau familial.

Si Nothing But the Truth traite de façon plutôt classique et feutrée le déroulement d’un "psychodrame", Triompf, qui raconte l’histoire d’une famille de Blancs au moment de la campagne électorale qui fera de Mandela le président du pays, ne recule pas pour sa part devant l’horreur et l’excès. Car chez les Benade – c’est le nom de ces pauvres parmi les pauvres d’une banlieue déshéritée de Johannesburg -, on est raciste, alcoolique, épileptique, obsédé sexuel, à l’occasion incestueux. Au cours de ces journées d’espoir pour les Noirs, on se déchire jusqu’à l’autodestruction : une métaphore bien sûr de la dissolution du système de l’apartheid. En résulte un film très fort, aux accents tragiques mais aussi parfois presque burlesques tant la folie familiale est là sans limites.