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L’Afrique, nouvelle frontière de Lufthansa

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Lufthansa a adopté une véritable srtatégie continentale.

Lufthansa a adopté une véritable srtatégie continentale. © D.R.

La compagnie allemande a placé le continent au cœur de sa stratégie internationale. Dans son viseur : les destinations très rentables situées dans les pays producteurs d’or noir.

« All eyes on Africa » (« Tous les regards sur l’Afrique »). C’est ainsi que Lufthansa a dénommé son plan de conquête du marché africain. Objectif : rattraper en cinq ans son retard par rapport à ses concurrents européens, notamment Air France, sur ce continent à fort potentiel. Les prévisions établissent en effet la croissance annuelle du trafic en Afrique à plus de 6 % à moyen terme, contre 3,6 % en Europe et 2,7 % aux États-Unis.

L’Afrique est définitivement devenue une nouvelle frontière pour l’industrie mondiale du transport aérien, sévèrement frappée par la crise internationale et en quête de nouveaux relais de croissance. Tous les ténors du secteur, Emirates, Delta Air Lines, British Airways, etc., se ruent vers ce marché. Dans cette bataille, Lufthansa, qui compte parmi les derniers arrivants, veut jouer sa carte.

Depuis 2005, la compagnie allemande déploie ses ailes sur le continent. L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, où l’industrie pétrolière est en pleine effervescence, sont ses principales cibles. « C’est un marché d’Oil & Gas très intéressant que nous voulons relier à l’Amérique du Nord », explique Herbert Reichle, directeur général de Lufthansa pour l’Afrique de l’Ouest. Dans cette région, le transporteur allemand multiplie ses offensives sur les positions d’Air France. Lufthansa vient de décider d’ouvrir en octobre prochain une liaison entre Libreville (où il est présent depuis l’an dernier) et Pointe-Noire (Congo), à raison de cinq dessertes par semaine. À ces deux destinations s’ajoutent, entre autres, Luanda (Angola), Malabo (Guinée équatoriale) et Port Harcourt (Nigeria). Ces pays comptent parmi les principaux producteurs de pétrole en Afrique subsaharienne. Et si, d’une façon générale, la clientèle à haute contribution a déserté les classes affaire et première en raison de la crise, elle y est restée sur ces destinations dites pétrolières. Air France-KLM, qui vient d’annoncer des pertes records en 2009 (1,5 milliard d’euros), a d’ailleurs limité le recul de son chiffre d’affaires en Afrique grâce à ce type de liaisons, sur lesquelles il reste leader.

Pour espérer grignoter les parts de marché du groupe franco-néerlandais, Lufthansa devra parvenir à faire la différence par rapport à l’offre de celui-ci. « Toute la difficulté est là », reconnaît Joachim Steinbach, son vice-président pour l’Europe du Sud-Est, l’Afrique et le Moyen-Orient. « Nous misons sur le confort des voyageurs avant leur embarquement, y compris pendant les correspondances. Car pour nous, le voyage commence par les services au sol. »

Cheval de Troie

Mais c’est notamment avec ses filiales Brussels Airlines (dont il détient 45 % depuis l’été 2009), Swiss International Air Lines, British Midland Airways et Austrian Airlines que la compagnie allemande compte rattraper son retard. « Brussels Airlines [que Lufthansa devrait racheter entièrement en 2011 pour un total de 250 millions d’euros, NDLR] dispose aujourd’hui de sérieux arguments pour gagner des parts de marché en Afrique », estime Cheick Tidiane Camara, du cabinet Ectar Consulting, spécialisé dans le transport aérien en Afrique. Principal atout : sa très bonne connaissance des marchés africains qui fait de la compagnie belge le cheval de Troie des Allemands. Brussels Airlines vise la clientèle plus large des touristes et de la diaspora, avec comme principale arme des tarifs concurrentiels, nettement inférieurs à ceux d’Air France sur la période haute. Dès le mois prochain, elle devrait ainsi s’attaquer à quatre destinations ouest-africaines : Accra, Cotonou, Ouagadougou et Lomé. « Je ne crois pas que cela suffise pour déstabiliser les positions africaines très solides d’Air France », indique Cheick Tidiane Camara. L’expert avance plusieurs raisons : d’abord le lien historique très fort entre la compagnie française et l’Afrique ; ensuite, les vols directs entre Paris et les capitales africaines qu’Air France est la seule à pouvoir proposer ; « sans oublier que, quoi qu’on en dise, Air France reste une compagnie de qualité », ajoute-t-il.

Soit, mais Lufthansa a une véritable stratégie continentale. Outre les pays du golfe de Guinée, le transporteur allemand lorgne l’Afrique de l’Est. Dans la corne du continent, il s’appuie sur son partenariat avec Ethiopian Airlines pour desservir, à partir de son hub d’Addis-Abeba, sept marchés dont l’Ouganda et la Tanzanie. Là encore, des pays où le secteur pétrolier est en plein essor…

De bonnes perspectives

Le Maghreb n’est pas en reste. Lufthansa, qui se démène contre la concurrence venue des pays du Golfe, renforce ses implantations en Algérie, en Libye et en Tunisie. La compagnie, qui y proposait jusque-là cinq vols par semaine en moyenne dans la zone, s’oriente vers des vols quotidiens avant la fin de l’année. Werner Kellerhals, directeur général pour l’Afrique du Nord, Malte et le Sénégal, estime que « le rapprochement entre ces pays et le Vieux Continent, et la délocalisation des entreprises européennes – notamment allemandes et d’Europe de l’Est – vers le Maghreb, sont autant de facteurs qui laissent entrevoir de très bonnes perspectives sur ce marché ».

Au total, le groupe allemand est désormais présent sur une trentaine de destinations dans toute l’Afrique. Presque autant qu’Air France-KLM. Mais celle-ci conserve un avantage en termes de fréquence. Une avance que Lufthansa entend réduire d’ici à la fin de l’année.

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